Que nous disent les sélections des prix littéraires?


Huit prix littéraires automnaux (importants ou moins) ont récemment publié leur première (ou unique) sélection. Que nous disent ces listes de la littérature française actuelle? Que les romans inspirés de la réalité, tant de la vie de l’auteur que de celle d’un personnage ayant-réellement existé (ou existant toujours), continuent de séduire.

Côté «merci de servir de matière à mon roman», voici Laurent Binet réinventant Roland Barthes dans La septième fonction du langage (quatre citations, mais pas celle du Goncourt, ce qui a fait couler (un tout petit peu) d’encre (et de salive, on en a même parlé au 20h), Patrick Roegiers qui, dans L’autre Simenon, fait fort puisqu’il rameute les frères Christian et Georges Simenon ainsi que Léon Degrelle (deux sélections) et Philippe Jaenada qui, dans La petite femelle (une sélection), fait coup double puisqu’il s’inspire d’un fait divers réel (l’affaire Pauline Dubuisson) tout en parlant de lui.

Quant à Jean Hatzfeld, son livre en lice pour le Goncourt, Un papa de sang, n’est pas du tout un roman, le mot ne figure d’ailleurs pas en couverture, mais une suite de témoignages ramenés du Rwanda. Et dans Il était une ville (deux sélections, dont le Goncourt), Thomas B. Reverdy fait, derrière sa trame policière, le portrait de la ville de Detroit.

Mais qu’on se rassure (ou pas, en fait, la qualité d’un roman ne tenant évidemment pas à la source où il a puisé son inspiration), il existe aussi des romans «purs». D’accord, Sorj Chalandon dans Profession du père (une sélection), Isabelle Autissier avec Soudain, seuls paru au printemps (candidate au Goncourt) ainsi qu’Alain Mabanckou dans Petit Piment (repris trois fois, y compris par le jury Goncourt) se sont inspirés de souvenirs personnels, mais pour en faire autre chose qu’une photo plus ou moins floue de leur enfance. Bien sûr, Mathias Enard (dans quatre listes, dont celle du Goncourt) a puisé dans son propre vécu pour parler de la Turquie, de l’Iran, de la Syrie ou de l’Irak mais Boussole est une pure fiction.Comme le sont cinq autres romans plusieurs fois retenus. Juste avant l’oubli d’Alice Zéniter (deux sélections), Villa des femmes de Charif Majdalani (trois sélections) et Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes d’Olivier Bleys.