Quelques beaux-livres à découvrir


« J’ai 67 ans et je dis la vérité : en quarante ans, comme éditeur, j’ai publié à peu près quatre mille bouquins, et celui-ci est, pour moi, le plus beau. Techniquement, c’est un livre parfait. Pour faire un beau-livre, vous avez besoin de trois choses : de belles photos, une maquette de qualité et un texte irréprochable. Et ici, tout y est. » Voilà comment Philippe Gloaguen présente Italie, le volume qui ouvre la collection du Routard, maison qu'il a fondée au milieu des années 1970.

D’un format plus réduit que celui généralement dévolu à ce type d’ouvrages, mais tout aussi lourd et épais (360 pages), ce beau-livre dirigé par Géraldine Lemauf-Beauvois sort effectivement de l’ordinaire. S’ouvrant par des pages synthétisant « le meilleur » du pays région par région et divisé en cinq parties clairement identifiées (nature, expérience, city trips, saveurs, patrimoine), il regorge de centaines d’informations essentielles ou plus légères, sur tous les domaines, des cépages italiens au star système au temps de gladiateurs, en passant par la vie amoureuse dans l’Antiquité romaine ou, bien sûr, sans quoi le Routard ne serait pas le Routard, des adresses ou des villages à l’écart des routes touristiques. (Hachette/Le Routard)

Dans la même collection, paraît en même temps Road Trips, qui reprend quarante itinéraires à travers les différents continents, qui font diablement rêver : la transcanadienne, la Pacific Coast Highway, la fameuse Route 66, les Keys, la route de la Patagonie, le tour de l’Écosse, les routes des vins d’Alsace et du Chianti, celle de l’Islande, la Garden Road en Afrique du Sud, la voie qui relie Marrakech à Ouarzazate, longe la côte australienne ou traverse les rizières balinaises. Chaque road trip comprend, outre l’itinéraire et des renseignements pratiques (comment y aller, où manger, dormir…), des infos sur les lieux traversés, les coutumes, l’histoire, etc. Sans oublier quelques précisions insolites. (Hachette/Le Routard)


C’est en suivant des yeux, ébahi, le maître d’hôtel d’un restaurant gastronomique où, adolescent, il est avec ses parents qu’Antoine Pétrus décide de suivre des cours d’hôtellerie. Et grâce à l’un de ses professeurs qui lui apprend à déguster du vin, il s’engage dans la sommellerie. Passé par Lasserre, l’Hôtel du Crillon et Clarence, il travaille depuis 2017 au Taillevent. Et il publie aujourd’hui une somme de cinq cents pages sur le breuvage dont il est devenu un spécialiste, tout simplement appelé Vin. Après avoir partagé son savoir sur la constitution d’une cave ou sur les accords avec les mets, il pénètre au cœur de tous les vignobles de France, signalant les domaines incontournables et pointant ses coups de cœur. Avant de s’aventurer hors des frontières hexagonales, en Allemagne, en Autriche, Belgique (eh oui !), Espagne, Italie, Hongrie, et au-delà, aux États-Unis et en Australie. (E/P/A)


À travers les livres qu’il publie chez Light Motiv, sa propre maison créée il y a plusieurs années, Éric Le Brun entend principalement rendre compte de l’âme de sa région, le nord de la France. Quand vient le carnaval, album centré sur celui de Dunkerque, l’un des plus fameux de France, en est une nouvelle preuve. Les photos de Marie Genel et de Pierre Volot donnent l’image d’une manifestation joyeuse, festive et colorée. Et, d’abord, grimée et déguisée. Le temps d’une ou plusieurs journées, ces hommes et femmes regroupé(e)s en « bandes », à Dunkerque ou dans les quartiers voisins, entrent dans la peau d’un(e) autre, protégé(e)s par un maquillage ou un déguisement tantôt sophistiqué, tantôt fait de bric et de broc. Les magnifiques clichés, dont beaucoup de gros ou très gros plans, traduisent parfaitement l’effervescence de cette tradition qui s’étend sur plusieurs mois.

Et dont Ludovic Bertin rappelle l’histoire et les pratiques dans un texte au centre de l’ouvrage. Cet ouvrage a vu le jour grâce à une campagne de crowdfunding, tout comme un beau-livre d’un tout autre genre que vient également de publier Light Motiv, Dans la gueule du ciel, de Sandrine Cnudde, suite de photos prises sur la côte ouest du Groenland rythmées par des poèmes.





Demain. Le palais de justice est un album très étrange.

Achevé en 1883, après dix-sept ans de travaux, le palais de justice de Bruxelles, œuvre de l’architecte Joseph Poelaert admirée à l’étranger, mais détestée par les Belges (et surtout les habitants des Marolles), tombe depuis des années en lambeaux faute de soins. D’après la Fondation Poelaert, née en 2011 pour contrer la volonté gouvernementale d’en affecter les deux tiers à des fins commerciales et d’en reconstruire un neuf non loin, cet édifice, le plus grand de Belgique avec ses 26000 m² au sol (1530 portes, 1513 fenêtres, 1700 radiateurs – quelqu’un les a donc comptés !), fait partie des cinquante monuments les plus menacés au monde et des quatorze en Europe. Face à l’inertie des pouvoirs publics, qui ont finalement opté pour sa rénovation, mais sans fixer de délai, l’association a demandé à des dessinateurs, photographes, illustrateurs ou plasticiens de traduire, par leur art, leur ressenti face à cette situation qui donne une bien lamentable image de la justice belge.

Le résultat est très varié, souvent poétique, mais toujours assez cocasse, fidèle en cela au célèbre adage selon lequel il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Les échafaudages, qui l’encerclent depuis trente ans, ont inspiré les dessinateurs de presse Nicolas Vadot, qui le regarde s’envoler, une fois libéré de cette ceinture de fer, Marec, qui le transforme en un musée de l’échafaudage, et Kroll, qui en fait également un lieu à visiter. D’autres le voient en ruines (Denis Deprez, Renaud De Heyn), s’écroulant (Max de Radiguès en référence à la scène finale de La Planète des Singes, Olivier Grenson, Frank Pé - photo), voire prenant l’eau (Joris Snaet) ou dévoré par la nature (Elsa Stubbé). Pour Pascal Bernier, il évoque le célèbre jeu Pacman et pour Pascal Lemaitre, un temple d’Angkor Vat cubiste devenu une sorte d’Arche de Noé. Et puisqu’il ne faut peut-être pas complètement désespérer de la nature humaine, il devient, sous le crayon d’Émilie Plateau, une école recouverte de lierre où les enfants semblent très heureux. (Fondation Poelaert/Les Impressions Nouvelles).