Quelques nouvelles d’Eric Faye



Eric Faye se revoit également adolescent, écoutant sur son radioréveil des voix et musiques qui l’emportent loin de sa chambre et qui possèdent les couleurs, elles aussi, du merveilleux. Celui-ci entre à la même époque dans la vie du futur écrivain par le biais de la lecture, notamment celle d’Un balcon en forêt de Julien Gracq, cette immense figure des lettres françaises qu’il rencontrera bien plus tard, comme il le raconte, dans son village des bords de la Loire. De même qu’il revient sur sa découverte d’un autre écrivain, l’Albanais Ismaël Kadaré auquel il a consacré un livre d’entretien et un essai et dont il a supervisé l’édition des œuvres complètes chez Fayard.


Mais revenons à Quelques nouvelles de l’homme (José Corti, illustrations de Laurent Dierick) qui confirme que son auteur est aujourd’hui l’un des meilleurs nouvellistes en France (avec Claude Pujade-Renaud). Comme toujours, chez Faye, si le point de départ est (relativement) réaliste, nous sommes vite emportés dans une sorte de détournement du réel pour mieux en mettre en exergue certaines… failles. On croise, au fil de ces textes, un homme qui a gagné un ticket de train pour «le pays doré», mais il doit partir le soir même, abandonnant sa famille; une femme qui a décidé d’enfin franchir ce pas vers une autre vie possible en prenant le train vers un meilleur probable (moyen de transport que Faye affectionne, semble-t-il, il est d’ailleurs l’auteur d’un recueil de textes intitulé Mes trains de nuit); un homme qui, ayant oublié sa clé, s’installe dans l’hôtel en face de son appartement d’où, par la fenêtre, il peut regarder vivre sa femme et ses enfants; ou qui a inexplicablement oublié un mot; un autre qui fait l’expérience d’être projeté, quasiment nonagénaire, dans le futur ou, qui, au contraire, est en vacances dans un club où sont recréées les années de sa jeunesse. Le point commun entre ces histoires, toutes très fortes par leur portée humaine, par le regard perçant posé sur notre condition, est la non-satisfaction de l’existence de ses héros et leur soif d’une vie autre, qui ne peut être que meilleure, bien sûr.