Qui veut perdre des millions?

La chronique retiendrait plus tard que ce printemps 2010 fut une tourmente. Financière d’abord, la Grèce avait ajouté à son patrimoine les ruines de son économie, on visiterait bientôt le fronton de ses banques comme le Parthénon. Les places financières étaient devenues folles, elles ne dominaient plus rien : venait-elle d’un homme la fatale erreur qui avait fait plonger les bourses en confondant millions avec milliards ? Etait-ce le système du trading automatique à la milliseconde qui à force d’ordres fous non contrôlés avait de lui-même créé la panique ? L’irresponsabilité totale régnait, pas un nom de trader, pas une marque d’ordinateur coupable. C’était juste comme ça, le système… L’autre double désastre était écologique, la Terre crachait de nouveau ses cendres et ses nuages toxiques depuis un volcan d’Islande, et, plus au sud, elle vomissait du pétrole par millions de litres depuis le sol sous-marin du golfe du Mexique à cause de l’impéritie d’un foreur, BP . Air empoisonné, mer intoxiquée, système financier ruiné, bienvenue en enfer. Et le Beau Pays, là-dedans ? Eh bien, il n’allait pas si mal, merci. Le malheur des uns… vous connaissez la suite. Merkel désavouée par les urnes, son ministre des finances hospitalisé d’urgence en pleine négociation, la Belgique chahutée par le BHV (les Français continuaient à ne pas comprendre comment un grand magasin pouvait créer pareil embarras), la Grande-Bretagne déstabilisée par des résultats d’élection mi- chèvre conservatrice, mi- chou travailliste avec une sauce libérale au vinaigre pour lier le tout, la France paraissait un havre de paix à qui n’y regardait pas de trop près et son petit roi posait en souverain régnant de nouveau sur l’Europe. Dans la tourmente monétaire, Dame Lagarde la montait près de nos coffres-forts, et Sarkozy prenait la barre après l’avoir laissée une minute au premier ministre qui avait juste eu le temps de dire qu’il n’y aurait pas de « rigueur » mais une « gestion rigoureuse » Ah ! la France, le français et le bonheur de jouer sur les mots ! Chatel le petit prof du gouvernement avait précisé qu’on allait appliquer une « politique sérieuse ». Ah bon ? Elle ne l’était pas jusque là ? En tout cas, le président avait même boudé les festivités de Moscou pour occuper la terrain à la maison ! Quel bonheur ! Enfin seul ! L’Espagne démonétisée, le Portugal fragilisé, Berlusconi ignoré, le souverain du Beau Pays n’avait pas de mal, dans le désert ambiant, à passer pour l’officier de quart. L’impression en fut confirmée par une fuite savamment organisée en deux temps. 1/ « Obama a appelé le Président » (teasing). 2/ Obama lui a dit « merci pour le rôle moteur que tu joues dans cette crise. » Ce genre de phrase style « on joue dans la cour des Grands » lancée sur les ondes, était un modèle : invérifiable, intraduisible (difficile en anglais d’être sûr de qui vouvoie, c’est bizarre, on croyait pourtant avoir compris que le président américain n’était pas à tu à toi avec notre bouillant président.   Heureusement l’esprit français ne se satisfaisait aucunement de vivre dans un Etat jusque là épargné par l’essentiel des tourments de la semaine : selon un récent sondage encore un, les Français râlaient : « oui, très souvent » 48%, « oui, souvent » 45% . Les 7% restants, ignorant sans doute l’affaiblissement inéluctable de la langue, croyaient encore que le râle n’était réservé qu’aux mourants. Bref, comme le résumait Luc Ferry, ancien ministre et actuelle langue de vipère, dans le Beau Pays « malgré un certain bougisme, rien n’a vraiment bougé. » Une parole qui aurait désespéré Billancourt en son temps. Heureusement, Renault avait déménagé un jour. Et les Français, eux, déménageaient toujours. Jusqu’à mardi prochain.

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