Quoi de neuf ? Maigret !


Si l’on peut comprendre que, dans sa collection Omnibus, Les Presses de la Cité, l’éditeur de Simenon depuis 1946, après principalement Fayard et Gallimard, veuille célébrer le trentième anniversaire de la mort de l’écrivain liégeois survenue le 4 septembre 1989, il peut sembler plus étrange qu’il entende fêter en même temps les 90 ans de Maigret. Car Pietr-le-Letton, considérée comme la première de ses enquêtes parue en février 1931, et lancée avec trois autres épisodes lors d’un bal anthropométrique, a probablement été écrite l’année précédente à bord de son petit bateau L’Ostrogoth. Mais, en réalité, Jules Maigret est bien né sous la plume du prolifique romancier en septembre 1929, déjà à bord de l’Ostrogoth, dans Train de nuit, un livre publié en 1930 sous le pseudonyme de Christian Brulls. Pourtant ce « proto-Maigret » ne figure pas en ouverture des dix volumes reprenant les 75 romans et 28 nouvelles (réunies dans le dernier tome) dans lesquels le personnage apparaît. En fait, il s’agi d’une réédition des ouvrages parus il y a une dizaine d’années sous de nouvelles couvertures, très réussies, du fidèle Loustal. Et leurs préfaces sont toujours signées Pierre Assouline, Philippe Claudel, Bertrand Tavernier – dont le premier film est une adaptation de L’horloger d’Everton -, Dominique Fernandez, Douglas Kennedy ou Bruno Solo).


Les notes de ces volumes sont de Michel Carly, l’un des spécialistes de Simenon dont sont réédités deux essais. Dans Simenon, le bonheur à La Rochelle, il évoque les huit années – de 1932 à 1940 – durant lesquelles le romancier a fait des alentours de ce port charentais son port d’attache. Il loue d’abord La Richardière, une « vieille bâtisse » dans le village de Marsilly. Il se mêle à la vie rochelaise, fréquentant notamment le Café de la Paix, découvre la cuisine locale et, plus globalement, étudie de près « un large éventail humain » dont il nourrira les quatorze romans et cinq nouvelles qui auront cette région pour cadre - Le Haut Mal, Le Locataire, Le Testament Donnadieu (qui loupe de peu le Goncourt), Le Voyageur de la Toussaint, Les Fantômes du chapelier, Maigret à l’école, Le Train, etc. Plusieurs de ces titres sont passés en revue. Dès le milieu des années 30, pourtant, le couple qu’il forme avec Tigy est en crise et ne cesse de bouger, avant de s’installer en 1938 dans « une petite maison de grand-mère » à Nieul-sur-Mère, tout près de Marsilly. L’année suivante, naît leur premier fils, Marc. De mai à début août 1940, il s’occupe de l’accueil des réfugiés belges, avant de gagne la Vendée, moins exposée aux bombardements, où il passera les cinq années de guerre.


L’autre réédition, Maigret, traversées de Paris, est un guide, illustré de photos noir et blanc, des nombreuses adresses fréquentées par le commissaire dans la ville Lumière, mais aussi son créateur qui y a débarqué en décembre 1922. Du boulevard des Battignoles, à l’angle duquel se situe le premier hôtel à avoir hébergé Simenon, aux quartiers de Clichy, Pigalle, des Ternes, du Marais, de la place des Vosges ou du canal Saint-Martin présents dans ses livres. Suivre l’écrivain et Maigret à Paris, c’est aussi déambuler dans une œuvre que Carly connaît sur le bout des doigts.