Réponse à mon ami Pierre

Cher Pierre,

En juin, nous avons été sans doute naïfs et puérils ; mais n’est-ce pas une vertu citoyenne que de croire dans la bonne foi des responsables politiques et dans la possibilité d’une mise en place de solutions justes et équilibrées ? J’entendais ce matin, sur France Inter, quelqu’un qui disait qu’il ne fallait jamais croire dans la sincérité des politiciens, mais simplement s’assurer qu’ils soient prêts à appliquer ce qu’ils disent et à se tenir, plus ou moins longtemps, aux accords passés. Ce serait déjà bien beau.

Bart De Wever a donné l’impression de vouloir vraiment trouver une solution et de respecter la démocratie et une certaine forme d’Etat national. Durant l’été, le sentiment est revenu, chez les Francophones, que ce n’était qu’une façade et que, profondément, il restait déterminé à conduire la Flandre à l’indépendance, toute autre concession n’étant qu’une étape vers ce but inaltérable. D’où, chez certains leaders du PS, cette déclaration qu’un plan B est désormais envisagé, même chez les francophones : la scission du pays. Chez l’un comme chez l’autre, il s’agit de mettre en œuvre ce qui, à mes yeux, est la pire des médiocrités politiques : préférer être le premier dans son village que le deuxième à Rome. Lorsque Jules César disait cela, il ne perdait pas de vue que son village, c’était Rome. Chercher le plus petit commun dénominateur pour s’assurer la plus haute position, c’est promouvoir une confédération d’associations colombophiles et philatélistes, où chacun peut être le président d’une microstructure. Encore et toujours, il s’agit de s’accaparer un pouvoir de contrôle, le pire qui soit, et non un pouvoir d’action, le seul qui ait de l’intérêt.

Dans le mail qui accompagnait votre chronique, vous écriviez qu’il était courageux de ma part d’écrire que les Flamands ne devaient pas payer pour obtenir la scission de BHV. Je maintiens cette opinion, et je connais de très nombreux francophones qui la partagent. Vous poursuiviez en écrivant que le prix demandé par Di Rupo est la perte de Bruxelles comme ville commune aux régions, ce qui conduirait à accorder aux néerlandophones de la capitale un statut comparable à celui de n’importe quelle autre minorité linguistique. Ce que je souhaite pour Bruxelles, dans le sillage de Philippe Van Pariis, c’est ce que la Flandre réclame pour elle-même : des moyens d’action et de survie. Une région à part entière, mais qui, contrairement aux deux autres, serait pleinement et intégralement bilingue, de l’enseignement maternel aux administrations. 50/50 sur tous les points, quelle que soit la réalité démographique et linguistique. Cela permettrait l’élargissement serein de la région. Vous me direz que les francophones n’accepteront jamais, dans les faits, un véritable bilinguisme. Je n’en suis pas sûr, et je crois que les Néerlandophones devraient aussi modifier leurs a priori sur la jeune génération. Bien sûr, il faudra du temps ; mais où est-il écrit, sinon dans le bréviaire des imbéciles, que les crises profondes se règlent en deux minutes de courage ?

Posts récents

Voir tout

NOUVEAU SITE

Cela fait de longues années que ce blog n’a pas été mis à jour. Non que ce soit une obligation ; mais là, vraiment, il était temps. Il n’y aura plus de nouveaux articles sur ce site. Je vous invite à

michaël, l’espiègle

Dans une belle lettre d’adieu à son coéquipier Michael Goolaerts, le triple champion du monde de cyclo-cross Wout Van Aert écrit qu’il ne faudra jamais oublier Michael, ce gars espiègle avec son étern

Anvers et contre tout

Anvers est loin de Vérone. Sous le balcon de Juliette, l’histoire d’amour était dramatique mais simple. Dans la métropole pluvieuse, la tragédie a tourné au Grand-Guignol. La Belgique est une terre de