Robin McKelle et Mina agossi


Proposer à l’écoute deux chanteuses aussi différentes que le sont Robin McKelle et Mina Agossi revient à concilier l’eau et le feu, la mer et la montagne, tant ces artistes sont éloignées et personnelles, non seulement dans le choix de leur répertoire, mais aussi dans la façon de l’interpréter.

Elles se rejoignent pourtant grâce à une seule et même qualité, celle de posséder ce talent et ce feeling qui, d’emblée, les différencient des autres chanteuses.


Talent d’interprète en ce qui concerne Robin, rapidement mis en évidence dans son premier album “ Introducing”, patchwork standardisé de grandes chansons du répertoire américain, quasi la voie d’entrée, le passage obligatoire pour toute voix désireuse de se faire une place au soleil.

Un plus toutefois pour Robin McKelle : cette façon de chanter qui rappelle Sarah Vaughan ou Ella Fitzgerald, toutes proportions gardées bien entendu.

Introducing”, c’est une heure de musique très gaie, motivante et excessivement bien emballée, entraînante, et sans conteste superbement enregistrée, pour une artiste toute en rondeur, ce qui n’enlève rien à la finesse de ses interprétations, une voix chaude, douce dans les mélodies, et au tempo affirmé dans le swing.

Rien de véritablement révolutionnaire donc, mais parfait pour la bonne humeur et le plaisir de chantonner du jazz.

La chanteuse franco-béninoise Mina Agossi joue d’emblée dans une autre catégorie : délaissant les grands classiques trop souvent proposés au public – on ne compte plus les versions de Night and day -, Mina a très rapidement fait le pari de laisser sa personnalité et son originalité s’exprimer, en choisissant un répertoire nettement plus hard, par rapport à la soft music de nombreuses chanteuses, probablement moins accessible il est vrai, mais tellement plus généreux, et source de découvertes musicales.

Mina, c’est un style aisément identifiable, sans concessions, si ce n’est à la qualité, une belle voix, de bonnes variations rythmiques, quelques jolies ballades en français et, surtout, une joie non dissimulée de se laisser aller à certains délires musicaux.

Bref, une très grande personnalité reconnue dans le monde entier, un talent à l’état pur, un don de soi, une énorme présence sur scène qui n’oublie heureusement pas de laisser de l’espace à ses excellents musiciens.

Mina et Robin, deux albums et deux façons de chanter totalement différentes pour des publics qui ne se mélangent pas forcément, quoique…, mais surtout deux belles et passionnantes artistes qui, inévitablement, laisseront leur marque dans la petite et grande histoire du jazz, au chapitre “talent”.