Séance de rattrapage (2) : Livres d’histoire


Ce sont également des photos anciennes (certaines en couleur) qui se trouvent réunies dans Comme un Allemand en France (L’Iconoclaste), mais datées de la Seconde Guerre mondiale. En fait, elles viennent illustrer des lettres écrites par des soldats de l’armée occupante. Comme le remarquent Aurélie Luneau et Stefan Martens dans leur préface, « ici, pas de récits de sanctions prises contre la population, pas d’arrestations, d’interdictions, pas de mouvement de résistance  ».



Evidemment, lorsqu’un ouvrage aborde l’histoire du Vatican au XXe siècle, on se rue sur l’époque de la Deuxième Guerre mondiale et le si critiqué comportement du pape Pie XII à l’égard d’Hitler. Dans Les divisions du pape (Perrin), Frédéric Le Moal, qui étudie plus globalement l’attitude du Vatican face aux totalitarismes du siècle dernier, rend justice à l’ex-cardinal Pacelli en analysant mois par mois, dès la fin des années 1930, ses diverses tentatives pour préserver la paix. Sa « politique de détente », écrit-il, « ne révèle en rien d’une compromission idéologique mais d’une analyse diplomatique ». Mais si, en 1939, le Saint-Siège tente d’organiser une conférence internationale pour la paix, il apparaît que « la diplomatie pontificale n’est plus en adéquation avec la réalité diplomatique post-Munich ». Et s’il refuse de condamner l’invasion de la Pologne, c’est pour protéger les 40 millions de catholiques allemands. Il ne veut pas que le Vatican soit utilisé à des fins idéologiques par les Alliés.

La Seconde Guerre mondiale est régulièrement l’objet d’études très diverses. Les Vichysto-résistants (réédité chez Tempus avec Mitterrand rencontrant Pétain en couverture), apporte une pierre inédite à cet édifice. Bénédicte Vergez-Chaignon  rappelle que de nombreux résistants, et non des moindres – Henry Frenay, par exemple, qui fut l’un des principaux chefs de la Résistance et ministre de De Gaulle à la Libération – ont trouvé des bienfaits au régime de Vichy. Lui, comme bien d’autres, considéraient d’ailleurs l’Homme du 18 Juin comme un militaire rebelle. On apprend aussi, plus surprenant encore, qu’il régnait, chez ces résistants, derrière la question du « problème juif », un antisémitisme plus ou moins avoué que traite largement l’historienne.

Ginette Kolinka est la mère de Richard, le batteur du groupe Téléphone, et la grand-mère de l’acteur Roman (fils de Marie Trintignant). Cette fringante nonagénaire revenue de déportation et qui, en janvier 2015, défilait avec une pancarte «Je suis Charlie», donne son nom au titre du livre écrit avec le journaliste Philippe Dana et sous-titré Une famille française dans l’Histoire (Kero).

Un éditeur lillois, Les Lumières de Lille, publie deux documents passionnants sur cette époque. Crimes et criminels de guerre allemands raconte, avec une grande précision, tout ce dont ont eu à souffrir les habitants du nord de la France, région détachée du reste du pays et rattachée au commandement allemand du Bruxelles. Une région qui a beaucoup payé, des massacres de 1940 à ceux de la gare d’Ascq, quatre ans plus tard, où des dizaines de civils ont été abattus suite à un sabotage aux dégâts dérisoires, en passant par les très nombreuses persécutions quotidiennes. L’auteure, Jacqueline Duhem, rappelle aussi qu’il y a eu très peu de procès à la Libération, laissant nombre de ces crimes impunis.