Sélection du Prix Rossel: encore un effort!

Pour user d’un généreux euphémisme, la sélection du Prix Rossel 2012 est, disons, étrange. Voulant peut-être se démarquer de leurs aînés du Goncourt, accusés (à raison) d’avoir par le passé couronnés quelques mauvais romans (et aussi de très grands), mais qui, depuis l’arrivée de Pivot, le départ des anciens et leur prise de distance vis-à-vis des éditeurs, donnent l’impression de choisir en toute liberté (même si on peut discuter de tel ou tel lauréat, mais là n’est pas la question), pour se démarquer de leur coreligionnaires français, donc, les jurés Rossel (d’anciens primés) ont toujours veillé à célébrer la vraie littérature. Débusquant avec finesse chez de jeunes romanciers (notamment Harpman, Adamek, Feyder, Mertens, Weyergans, Lambert, Outers, Blasband) une œuvre à venir. Mais ce besoin de se singulariser peut s’avérer caricatural, comme c’est le cas dans leur sélection de cette année. En fait, c’est moins les livres retenus qui posent problème (par exemple, le premier roman de Giuseppe Santoliquido, L’audition du docteur Fernando Gaspari est très bien, mais ne peut-on pas attendre qu’il en publie d’autres?), que ceux qui n’y sont pas. Je sais, je sais, on va me rétorquer que tout ça est affaire de subjectivité. Mais je l’assume – même si ce n’est pas que ça. D’ailleurs, si je suis tout à fait Jacques De Decker qui, dans sa rubrique sur le site Espaces Livres d’Edmond Morel, parle d’«un rendez-vous manqué», je ne suis absolument pas d’accord avec le choix des romans dont il regrette l’absence. J’en retiendrai trois autres. Nous veillerons ensemble sur le sommeil des hommes (Editions Luce Wilquin), de Françoise Lalande, œuvre majeure de l’un de nos plus grands écrivains dont l’absence au palmarès est une anomalie, Comme un roman-fleuve (même éditrice) de Daniel Charneux, admirable promenade (historique, géographique et émotionnelle) dans Liège portée par une écriture évocatrice et envoûtante, et Tout ce silence (Desclée de Brouwer) de Véronique Gallo, très beau portrait d’une mère au destin chahuté. Ce billet m’aura au moins permis de citer ces romans et d’encourager leur lecture.