S’affranchir ?

Lors de la récente université d’automne d’Inter-Environnement Wallonie sur la transition , la question  bancaire a été abordée à maintes reprises. Des propositions des plus radicales aux plus timides, la palette était large et colorée.

Pour rester dans une théorie économique classique, éclairée par l’actualité récente de Dexia,  il était abordé les besoins de financement des entreprises et des collectivités. Fallait-il mettre en place une obligation de réserver une partie des fonds collectés à des investissements locaux ? Moins dirigiste, fallait-il conditionner l’octroi de l’exonération sur les carnets d’épargne aux respects de conditions sociales, environnementales ou géographiques lors de l’octroi des crédits ? En d’autres termes, une banque qui ne respecterait pas ces conditions pour un quota de crédit ne pourrait pas promettre à ses clients un taux d’intérêt exonéré de précompte. Une façon de responsabiliser tant la clientèle que  l’entreprise.

Lors du débat qui clôturait cette journée , un député interrogé sur cette question s’est retranché derrière  le paravent européen pour affirmer qu’il ne pensait pas cela possible.  Plutôt que s’arrêter sur la praticité de la mesure, l’élu aurait pu en mesurer l’intérêt. Mais il ne fut pas le seul à ne pas réellement vouloir avancer. S’ils furent nombreux ce jour-là à accepter de dialoguer,  le discours sous des apparences prometteuses respectait souvent la même vision du monde au final. Ne changeons, ni trop, ni trop vite. La présentation d’un chercheur flamand, aussi séduisante était-elle, n’a pas amené de réelles modifications de pensées dans le chef des représentants des piliers socio-économiques classiques. C’était un « oui, c’est bien, mais… ».

Cela ne laisse pas d’inquiéter. Si une révolution peut se faire à quelques uns, l’évolution ne peut que se faire qu’avec le soutien d’un très grand nombre. Et les leaders d’opinion, les magistrats d’influence, les élus, les prescripteurs, n’ont encore au mieux que « formellement » intégré cette nécessité de changement.  « Green washing » et « Red washing » ne sont que des couleurs cosmétiques, essentiellement cosmétiques. Pourtant, l’impossible capitalisme vert de Daniel TANURO, le mouvement Villes en transition lancé en Angleterre par Rob Hopkins, la simplicité volontaire sympathiquement mise en mots par Hervé-René Martin dans l’Éloge de la simplicité volontaire, les travaux d’Illich, de Richard Gregg, d’Hannah Arendt et bien d’autres comme Pierre Rabhi par exemple, les prises de position en matière énergétique de Jean-Marc Jancovici, peuvent être des sources d’inspiration.

Nous ne leur demandons pas d’adhérer en tout à ces idées. Mais à tout le moins, de s’y ouvrir, de confronter leurs thèses à la réalité, d’arrêter de travailler pour leur fond de commerce. Mais même de simples  remises en cause, comme celle du PIB,  sont déjà problématiques. Je me souviens d’un ancien président qui,  à la proposition d’interdire la publicité pour les transports polluants, répliquait par « Je ne veux que l’on empêche les pensionnés de prendre l’avion ». Rien à voir, mais cela plaît à la clientèle.  (Tiens. Remettre en cause le clientélisme -pratiqué par toutes les organisations- ne serait-il  pas une première étape). Alors, aller plus loin tient sans doute du hara kiri politique et à les entendre, le fil du sabre a le temps de s’émousser.

En tout état de cause,  leur responsabilité est totale et entière, même si elle ne néantise pas pour autant celle du citoyen. Et si l’utilité de l’engagement actif de nombre d’entre nous n’est pas contestable, le calendrier et nos structures sont tels que s’affranchir de l’engagement de ces gens n’est peut-être pas le meilleur parti à prendre. Quand bien Même, pour certains, cela est plus confortable intellectuellement parlant.

En d’autres mots, chères (trop chères) élites, le monde change. Malheureusement, vous, pas encore (assez).

#Transition

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