Saccomano défend l’honneur de Giono


«C’est épuisant de prendre la défense de quelqu’un qu’on n’a même pas connu. J’arrête en espérant avoir convaincu toux ceux – et il y en a encore – qui ont cru en la culpabilité de Giono. Encore une fois, et comme le disait simplement Condorcet, la vérité appartient à ceux qui la cherchent, et non point à ceux qui prétendent la détenir.» Sur ces phrases se referme Giono, le vrai du faux d’Eugène Saccomano où cette grande voix (gueule?) du foot à Europe 1 puis RTL – «On refait le match» -, déjà auteur de deux excellents livres sur Céline, Goncourt 32 et Céline coupé en deux, prend la défense de l’auteur du Hussard sur le toit.

Sur Jean Giono, comme sur Sacha Guitry ou Marcel Aymé, pour d’autres raisons, ne cesse de planer l’ombre de la Collaboration. D’autant plus qu’à la Libération, le natif de Manosque a figuré sur la liste infâmante établie par le Comité National des Ecrivains (aux côtés de Chardonne, Drieu, Céline, Montherlant…). Dans son bref livre, Eugène Saccomano remet les choses à plat afin que justice lui soit rendue. Et il se montre très convaincant, ne dissimulant pas ses maladresses, faux pas et égarements. Une demi-douzaine, tous explicables. Il rappelle, en préambule, que l’écrivain était très populaire en Allemagne, d’où l’intérêt spécifique que lui a porté l’Occupant. Et que celui qui a connu l’autre guerre, avec sa barbarie, «les corps des copains balayés par la mitraille», les «fusillés pour l’exemple» appartenant à une compagnie proche de la sienne, était, à l’aube de la seconde conflagration mondiale, «profondément pacifiste». Jusqu’à croire «naïvement» à la «paix durable» promise par les Accords de Munich.



Il a d’ailleurs le soutien de tous les résistants de la région qui se souviennent que, dès 1940, il s’est «mis à la disposition» du réseau local. Il n’y aura ni instruction, ni procès. Après quatre mois passés en majorité à la forteresse de Saint-Vincent-des-Forts, il est libéré. Mais, figurant sur la liste noire du CNE, il ne peut rien publier. C’est l’immense Paulhan, honneur des lettres françaises, démissionnaire de «cette organisation terroriste» après avoir vainement tenté de la convaincre de son erreur, qui publie dans Les Cahiers de la Pléiade la première partie d’Un roi sans divertissement. En 1953, Giono recevra le prix littéraire Prince-Pierre-de-Monaco pour l’ensemble de son œuvre et, l’année suivante, il intégrera l’Académie Goncourt. Et aujourd’hui, il est considéré comme l’un des écrivains majeurs du XXe siècle.