Sacrées plantes !


Depuis quelques années, paraissent régulièrement des livres dont les plantes sont les héroïnes, avec leur sensibilité, leurs émotions et même leur intelligence. Ce n’est pas, en réalité, une découverte récente. Au milieu des années 60, par exemple, un chercheur de Harvard a observé que, dans des boîtes de culture où étaient censés éclore des insectes, les larves mourraient avant de devenir des punaises. Il a fini par remarquer que le problème provenait du papier journal tapissant la boîte. Mais pas de n’importe quel canard : seul le New York Times était coupable de ces homicides. Au terme de longues recherches, il s’est rendu compte que les arbres abattus pour fabriquer le quotidien new-yorkais provenaient tous d’une forêt infestée de punaises. Et la substance mortelle qu’ils avaient fabriquée pour se protéger demeurait active sous la forme de pâte à papier. À la même époque, Clive Backster, spécialiste des interrogatoires à la CIA, a découvert qu’une plante pouvait être… télépathe ! En reliant l’électrode d’un appareil à détecter les mensonges à la feuille de celle de son bureau, il s’est aperçu qu’il lui suffisait de penser qu’il allait la brûler pour que l’aiguille de l’appareil monte subitement, comme si sa future « victime » avait lu dans ses pensées. Il a aussi remarqué que les plantes réagissaient lorsqu’il plongeait des crevettes vivantes dans de l’eau bouillante, comme si elles éprouvaient de la compassion envers elles.


Ces deux histoires stupéfiantes, Didier Van Cauwelaert les raconte dans Les émotions cachées des plantes (Plon) qui regorge d’autres exemples prouvant que les végétaux disposent d’une forme d’intelligence. Et peuvent être sensibles à la flatterie. Depuis quarante ans, un paysan mexicain, José Carmen, obtient des rendements incroyables grâce aux compliments dont il couvre ses plantes. Lors d’un concours, il a récolté cent dix tonnes de choux à l’hectare contre… six pour ses concurrents. Autre exemple. Pour dénoncer le harcèlement moral en milieu scolaire, IKEA a placé côte à côte deux plantes identiques dans une école. En passant devant elles, les élèves devaient injurier l’une et flatter l’autre. La première s’est flétrie tandis que la seconde éclatait de santé. L’ouvrage du romancier français s’inscrit dans une longue lignée d’études sur le sujet. Parmi les pionnières, figure La vie secrète des plantes (Guy Trédaniel) publiée au milieu des années 70, où les Américains Peter Tompkins et Christopher Bird font le point sur les recherches à cette époque en multipliant les exemples concrets. Ils citent notamment le cas d’une plante grimpante qui rampe vers le tuteur le plus proche afin de s’y enlacer. Si ce soutien est changé de place, elle ne se laisse pas avoir et le retrouve en moins d’une heure, même si son chemin est encombré d’obstacles. Les deux auteurs mentionnent aussi l’acacia qui « achète » par du nectar certaines fourmis chargées de le protéger d’insectes et mammifères herbivores.


Ces chercheurs ne sont pourtant pas les premiers à avoir fait de telles découvertes. Déjà, dans l’Antiquité grecque, les philosophes s’écharpaient sur la question de savoir si les plantes avaient une « âme ». Ceux qui y étaient favorables avançaient, comme aujourd’hui, des arguments basés sur l’observation. Dès cette époque, et à plusieurs reprises tout au long des siècles suivants, rappellent Stefano Mancuso et Alessandra Viola dans L’intelligence des plantes (Albin Michel), l’idée a été émise selon laquelle « les plantes seraient des organismes doués de sensations, en mesure de communiquer, d’avoir une vie sociale, de résoudre des problèmes difficiles en recourant à des stratégies sophistiquées ». Mais cette conception a fait long feu. Et au XIXe siècle, face à une communauté scientifique dubitative et obtuse, Darwin s’est senti bien seul en conférant aux plantes de réelles capacités d’adaptation. Allant jusqu’à leur accorder « une place de premier plan dans l’ordre des vivants ».


Parmi les ouvrages récemment parus sur ce sujet, citons le bestseller mondial de l’ancien garde-forestier allemand Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres (Les Arènes). Ou La conscience des plantes (Marabout), écrit par un journaliste scientifique, également allemand, Joseph Scheppach, qui multiple également les exemples probants. S’il raconte également des histoires surprenantes, Les plantes, ces êtres intelligents (Ideo Éditions) de Claude Joseph est davantage scientifique. L’ancien physiologiste végétal à l’université d’Orléans, qui déplore que les végétaux restent les « parents pauvres de la biologie », s’intéresse par exemple aux gènes des plantes et à leur clonage possible pour remplacer l’expérimentation animale.


Pour aguicheur qu’il soit, le titre du livre de Michael Allaby, La scandaleuse vie sexuelle des plantes (Hoëbeke), ne reflète guerre sont contenu nettement plus sérieux et intéressant. Point d’anecdotes croustillantes, ici, mais une étude sérieuse – et illustrée – du monde botanique, qui intéressera d’abord ceux que passionne ce domaine. Enfin, le roman n’est pas en reste avec L’Arbre-monde (Le Cherche Midi) de Richard Powers. À travers les trajectoires de quelques personnages - un psychologue, un étudiant, un concepteur de jeux électroniques, un photographe amateur, une botaniste visionnaire, etc. -, l'écrivain américain s’intéresse aux liens entre les arbres et les humains, dans une optique à la fois scientifique et historique, et aussi philosophique et poétique.