Sans voix

Semaine étrange. Semaine des sans voix.

D’abord, il y a ceux qui auraient mieux fait de la fermer : les autorités allemandes qui s’étaient empressées, face à une épidémie bactérienne, de dénoncer le terrible concombre d’Espagne. Le concombre qui tue. Avant de faire marche arrière, la queue basse.

Il y a ensuite Celui dont le silence tétanise tout un pays. Le formateur (de quoi déjà ?) obligé de garder bouche cousue pendant une semaine. Une semaine ? On avait l’impression que Elio et ses compères la fermaient depuis un an.

Une autre voix s’est tue cette semaine, définitivement, hélas. Celle de Ricet Barrier, délicieux fantaisiste de la race des Bobby Lapointe, qui avait notamment chanté « La voix d’Ella. »

Il y a aussi ceux qui l’avaient vraiment trop ouverte : Berlusconi, renvoyé dans les cordes (vocales). Le bavard enfin confronté à son propre vide. Lèvres ou le néant. Emportant dans la tourmente, son mauvais ange, le patron de la Ligue du Nord, Umberto Bossi, sorte de cousin émacié de De Wever, côté pâtes.

Tiens ? En voilà un justement qui a profité du silence général. Proférant à haute voix des réflexions étranges. Si la Belgique tient debout, a expliqué le président de la N-VA, c’est à cause des Flamands bilingues. Comme son objectif avoué est la disparition du pays, doit-on comprendre qu’il va désormais s’en prendre aux Flamands capables de s’exprimer dans la langue de Pierre Mertens ? Une catégorie d’hommes cultivés dont il est un parfait représentant… Preuve que, décidément, cet homme ne s’aime pas.

Pendant ce temps, on a entendu des voix qui auraient mieux fait de s’abstenir : celles des membres de la F.I.F.A, données les yeux fermés à leur président sortant pour assurer sa réélection. M. Blatter, un vrai sportif, qui avait réussi à éliminer un à un ses adversaires pour se retrouver tout seul en finale, laissant l’arbitre bouche bée. On ne touche pas à la voix de son maître. En l’occurrence, le silence est d’or.

Face à tous ces professionnels de la parole, exceptionnellement silencieux, ce sont les citoyens, habituellement muets, qui ont pris le relais. Le mouvement initié par les foules arabes il y a quelques semaines s’est étendu comme une traînée de poudre à l’autre côté de la Méditerranée, en Espagne, en Grèce, suscitant même quelques échos chez nous. Mai a toujours été le mois des indignés, le temps du ras-le-bol. Les protestations de ceux qui crient à gorge déployée entraîneront-ils un grand nettoyage de printemps ? Il faudrait être capable de traduire la voix des sans voix.

Mais, si les hommes de pouvoir se taisent, est-ce pour écouter la rue ? Ou parce qu’ils sont définitivement aphones ?

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