schengen

Mis à jour : sept. 2




Combien d’entre nous se sont déjà rendus à Schengen, dans le canton de Remich, à la pointe sud-est du Grand-Duché de Luxembourg ? On fait là-bas du vin sur les bords de la Moselle. Accessoirement, on y a aussi signé la convention fondatrice de « l’espace Schengen », qui supprime les contrôles aux frontières des États membres. Merci Schengen. Durant cet été 2020 si « empêché », malgré les restrictions imposées pour lutter contre la pandémie, une poignée de voyageurs non-essentiels ont pu faire de grands écarts à travers cette « zone franche » : nord-sud, est-ouest et toutes les variantes géo-localisables, plusieurs milliers de kilomètres en avion, en bateau, en voiture, en car. Avec, quelque part sur le parcours, Bruxelles, le lieu des décisions qui sont si mal, voire jamais prises. Une libre circulation brouillonne, ingérable, absurde, avec son lot de vérités et de contre-vérités, de politiques à la dérive et de prédicateurs en blouse blanche. L’Europe prend l’eau, non pas par la Méditerranée comme certains pourraient le croire, cette mer garnie d’esquifs eux-mêmes chargés de misère et de détresse, mais bien en son centre, dans son essence-même, dans ses velléités. Le projet européen n’a sans doute jamais autant donné l’impression de se dissoudre. La carte de l’Europe version Covid-19 ressemble à un lendemain d’élections. Avec des taches de différentes couleurs indiquant les bastions des uns et des autres, les prises et les abandons, les victoires et les défaites, les zones interdites et les hontes, les replis et les peurs. Personne ne semble être à la manœuvre. Les vacances ne peuvent couvrir la fuite des capitaines. Quand les poupées gigognes s’ouvrent – Union (le terme est-il encore approprié ?), États, départements, régions, provinces, capitales, villes, communautés –, ces matriochkas n’offrent que du vide, des ambitions toujours plus réduites, de l’infinitésimal, ni envie de partage, ni avancée collective. Quelle tristesse, quelle affliction. Quelle cacophonie entretenue… Mais les mouvements commerciaux et financiers restent vivaces. Les touristes transhument et consomment. Serait-ce tout ce qu’il subsiste du projet élaboré il y a trente-cinq ans à Schengen ? La libre circulation de l’argent. Le profit. Le business. Tout sauf l’humain et le bien-être des gens. Tout sauf la culture. Tout sauf la beauté des paysage et le respect de la nature. Sans doute…

Photo : Unsplash

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