Serial killeuse bretonne


Fleur de tonnerre, Jean Teulé, Julliard, 288 p.

Le romancier français Jean Teulé nous a habitués à des romans percutants et un brin provocateurs, ce qui les rend habituellement savoureux : on pense à Ô Verlaine, Je, François Villon, Le magasin des Suicides, Le Montespan ou encore Charly 9. Il a choisi cette fois un sujet étonnant et déniché au fin fond de la Bretagne au début du XIXe siècle. Il s’intéresse en effet à Hélène Jégado, méconnue et pourtant considérée comme l’une des plus grandes tueuses en série de l’histoire. Elle nait en 1803 dans le Morbihan. Toute jeune, elle est bercée par les légendes bretonnes et en particulier celles de l’Ankou – personnification de la Mort en Basse-Bretagne – qui la terrorise et dont elle va devenir l’incarnation, sans doute pour surmonter ses angoisses. Elle découvre dès lors les vertus toxiques de certaines plantes comme la belladone et essaie ses talents de tueuse sur les membres de sa famille (sa mère qui décède après avoir ingéré un appétissant potage maison, son père quelques années plus tard). Enhardie par cette première performance, elle devient d’abord domestique, ensuite cuisinière, et use de l’arsenic pour dévaster des familles entières. Etant toujours la seule à survivre à ces étonnantes et subites épidémies de choléra (dont les symptômes sont proches de  l’empoisonnement à l’arsenic), la population finit, contre toute attente, par la considérer comme une sainte… Un comble ! Mais, en 1851, elle finit tout de même guillotinée après un procès que le coup d’État de Napoléon III va totalement occulter.

Si l’écriture est fluide et l’humour caustique – on pense aux deux perruquiers normands, personnages hauts en couleur s’il en est -,  ce n’est sans doute pas le meilleur roman de l’auteur. Trois bémols en point de mire. D’une part, on a le sentiment, surtout au début de la lecture, de se retrouver devant un catalogue exhaustif des coutumes bretonnes. Comme si l’histoire passait au second plan. D’autre part, l’héroïne n’a aucune consistance psychologique :  on la regarde évoluer en se disant qu’elle est complètement cinglée, sans avoir aucun accès à ce qu’elle pense, pas plus qu’on ne sait in fine si elle pense quoi que ce soit… On ne comprendra sa motivation que lors d’une brève confession qu’elle fera juste avant sa mort. Enfin, le mode opératoire – toujours identique, empoisonnement par arsenic – est à la longue un chouia lassant…  Bref, c’est un roman atypique et déconcertant qui laisse perplexe, même si il a le mérite de l’originalité.