Sur un air de Modiano


Michèle Lesbre, comme Pascale Roze, sont des écrivains de la justesse et de la pudeur. De la densité. Leurs romans ont la brièveté des fulgurances, et leur profondeur abyssale sur laquelle on ne cesse, ensuite, de revenir. Des livres qui laissent des traces, alors qu’ils ont la légèreté aristocratique d’un regard de détresse aussitôt recouvert par l’élégance d’un sourire. Ici, une femme rencontre un homme sur une plage. Il vient de mettre le feu à une maison, à son passé. Dans les éclats de ce bûcher absurde, deux mémoires vont se croiser sans jamais vraiment se rencontrer. Elle vit sa vie comme une variation sur les romans de Modiano, qu’elle adore et connaît par cœur. Lui, comme la répétition d’une rencontre manquée et d’une noyade injuste. Et pour les relier, Bologne l’Italienne et ses fantômes revenus des années de plomb. Comme dans “Le canapé rouge”, son précédent roman, Lesbre nous dit qu’on ne comprend vraiment ce qui nous lie aux autres que lorsque nous les avons perdus.