Sur un air de Samba !


© Corriere della Sera


Comme chacun le sait, la musique napolitaine a contribué à donner ses lettres de noblesse à la variété transalpine. Avec, par exemple, la célébrissime Tarantella. Avec des chansons qui ont fait le tour du monde comme Te voglio bene assaie, ‘O sole mio. Avec des auteurs de l’envergure du Maestro Enrico Caruso, de Peppino di Capri, de Renato Carosone, de Pino Daniele. Ces noms, ces titres sont connus de tout le monde ou presque. Mais il y en d’autres dont le succès, pourtant considérable à l’intérieur de la péninsule, n’a pas encore passé les frontières italiennes. Ainsi, si je vous dis Tempo di rumba, Samba et chocolat ou encore Partons, cela ne vous dira probablement rien. De même pour les auteurs de ces trois morceaux, Silvio B., le parolier, et Mariano A., le compositeur. Voilà toutefois plus de sept ans qu’ils écument en duo beau nombre de soirées de la Jet set italienne et de plateaux de télévision. Sans compter trois albums vendus chacun à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, dont le cultissime Une chanson c’est mieux, sorti en 2003.

Pourtant, la rencontre de Silvio et Mariano ne semblait pas inscrites dans les astres. Mais Apollon, le Dieu de la musique, a plus d’un tour dans son sac. C’est ce qu’a dû se dire Mariano juste après avoir croisé la route de Silvio, au restaurant du Grand Hôtel de Naples, un soir de 2002. Jusque là, il avait à peu près tout fait pour survivre. Il était même parti chanter Naples, seul avec sa guitare, à Abu Dhabi, au Moyen Orient, en Corée, en Chine. Silvio, lui, avait eu plus de chance. S’il avait commencé en poussant la chansonnette sur des bateaux de croisière, il avait ensuite fait fortune dans l’immobilier et les télévisions. Puis avait entrepris une carrière exceptionnelle en politique.

Toujours est-il que ce soir-là, au restaurant du Grand Hôtel de Naples, ce fut un véritable coup de foudre artistique. Immédiat. Instantané. Comme il n’en arrive qu’un seul dans une vie. Après quoi tout s’est précipité : les albums, le succès, la gloire, l’argent, les télés. Un moment, il fut même question de présenter une composition originale au Festival de la chanson italienne, le prestigieux San Remo. La consécration. Le rêve de toute une vie. Pour choisir le titre qu’ils défendraient sur la prestigieuse scène, ils s’étaient fait aider par des amis de Silvio, des sénateurs mélomanes qui aimaient lui rendre service. Dites-moi celle que vous préférez, leur avait-il dit, et nous la chanterons à San Remo. Mariano et lui poussèrent la chansonnette. Trois titres phares de leur répertoire. Ça se passait à la terrasse d’un restaurant, le long du Tibre. C’est Samba et chocolat qui emporta les suffrages. Il faut dire que quand on l’écoute, Samba et chocolat, il est difficile de rester insensible : « Toi, du chocolat et un café / Et sache que je meurs pour toi / parce que je t’ai dans les veines / comme cette samba qui parle de toi. » Sur le moment, Silvio rechigna à accepter le résultat du vote, il préférait Partons, écrite une nuit de défaite électorale, une nuit de profonde solitude comme en connaissent les grands timoniers lorsqu’ils sont confrontés au pire des fléaux qui soient, l’ingratitude : « Partons loin de tout, des partis, des TV, des journaux / Laissons-les ainsi, avec leurs airs affligés / Partons sur une île lointaine, un autre hémisphère. » Fort et triste à la fois. Mariano, sa préférée à lui c’était Temps de rumba, plus conforme à sa légèreté napolitaine : « Temps de rumba, étoiles de corail sur le gilet / ventilateurs, froid sur moi / et je t’attends, oui, toi, je t’attends. »

Finalement, l’environnement professionnel de Silvio, essentiellement peuplé de petits esprits et de gens envieux, aura eu raison de leur rêve de chanter à San Remo. Ils renoncèrent pour ne pas attiser les jalousies. Mais Silvio B. et Mariano A. connurent d’autres satisfactions, tout aussi importante, comme ce concert privé donné en l’honneur des filles de Putin, le président de la grande Russie, un ami personnel de Silvio. Quel merveilleux souvenir ! Et l’affection du public, les Fan clubs, les télévisions, les galas privés ! Et maintenant ce troisième album, dont ils ne veulent pas encore révéler le titre mais qu’attendent avec impatience les amateurs de chanson napolitaine du monde entier. Gageons qu’il ravira, au même titre que Samba et chocolat, Temps de rumba ou Partons, les plus exigeants des mélomanes. Souhaitons donc à ce nouvel opus tous le succès possible. Et à leurs auteurs une reconnaissance internationale tant méritée. Longue vie aux chansonniers au grand cœur (Silvio s’est engagé à faire parvenir un exemplaire du CD à chaque mère de famille italienne) ! Vive la musique ! Vive la chanson napolitaine !

#Berlusconi

Posts récents

Voir tout

NOUVEAU SITE

Cela fait de longues années que ce blog n’a pas été mis à jour. Non que ce soit une obligation ; mais là, vraiment, il était temps. Il n’y aura plus de nouveaux articles sur ce site. Je vous invite à

michaël, l’espiègle

Dans une belle lettre d’adieu à son coéquipier Michael Goolaerts, le triple champion du monde de cyclo-cross Wout Van Aert écrit qu’il ne faudra jamais oublier Michael, ce gars espiègle avec son étern

Anvers et contre tout

Anvers est loin de Vérone. Sous le balcon de Juliette, l’histoire d’amour était dramatique mais simple. Dans la métropole pluvieuse, la tragédie a tourné au Grand-Guignol. La Belgique est une terre de