techno fiesta

D’abord il y a eu la Grèce. Un gouvernement d’experts avec un banquier à sa tête, entouré de ministres bardés de diplômes. De quoi rassurer le bon peuple et les marchés qui croient dur comme fer qu’un beau diplôme universitaire sert de rempart contre la mauvaise gouvernance et la corruption. Oubliant que M. Papandréou est diplômé de la London School of Economics ainsi que de Harvard et que son prédécesseur, M. Karamanlis, sort de l’université de Boston. Leurs titres universitaires ne les ont pas empêchés de gouverner la Grèce comme moi je conduirais un 20 tonnes par une nuit de pluie sur une route de montagne couverte de boue. Si les diplômes de M. Papadimos paraissent plus brillants que ceux des précédents dirigeants du pays et qu’ils calment la spéculation contre l’euro grec, tant mieux pour la population ! Fêtons ça avec eux au ouzo ! Puis est venue l’Italie. Mario Monti, lui aussi, affiche de prestigieux diplômes au mur de son salon. Economiste de Yale, professeur à Turin et à Milan. On se dit qu’avec ce très éminent dottore professore, l’Italie est sauvée si on compare son CV à celui de Silvio Berlusconi, dont on se rappelle surtout qu’il débuta comme chanteur de charme sur des bateaux de croisières. C’est oublier que Sua Emitenza est aussi universitaire. Certes, il n’a jamais fréquenté d’université américaine. Il a obtenu son diplôme de juriste en Italie. Mais, attention ! A Milan. Pas dans une de ces universités du sud où l’on achète les diplômes s’il faut en croire son partenaire de la Ligue du Nord, le dément Umberto Bossi. Berlusconi, qui a aussi été éditeur, a personnellement, paraît-il, supervisé la réédition de quelques livres qu’il aimait particulièrement, « L’Eloge de la folie » d’Erasme et « L’Utopie » de Thomas More. Un choix qui aurait pu servir d’avertissement. Avec le très austère Monti, fini les plaisanteries graveleuses, les fonds européens disparus on ne sait où et les soirées bonga-bonga. Le visage nouveau de l’austérité met les spéculateurs et les Italiens en joie. Alors, ne gâchons pas la fête, et levons avec eux un verre de pro secco ! Et en Belgique ? Chez nous, on discute comme au bon vieux temps. Comme jadis en Grèce et en Italie. Tu me donnes la taxation des voitures de luxe de sociétés et moi, je te garantis cent emplois d’huissiers dans tes ministères. Plus un poste de patron à la SNCB pour mon beau-frère ? Ah, ça, impossible ! La SNCB a déjà trois patrons. En nommer un quatrième, ça ferait mauvais genre. Alors, scindons Belgacom en deux ! Cela fera deux postes de chefs au lieu d’un. Pour sauver la Belgique, il faudra peut-être faire comme les autres euro-éclopés : nommer un gouvernement de « techniciens », des diplômés haut de gamme pour donner l’impression que désormais notre pays est géré par des gens sérieux et non par des politiciens. Comme si MM. Monti et Papadimos, tout technocrates qu’ils sont, vont pouvoir s’abstenir de faire des choix politiques en sabrant dans le budget de l’état et en levant de nouvelles taxes… Mais qui choisir chez nous si, face à la spéculation, il faut d’un coup renoncer à Elio Di Rupo, Wouter Beke, Charles Michel et Alexander De Croo ? Tous universitaires pourtant et bardés de diplômes honorables, mais pas assez technocrates pour apaiser les marchés ? Où trouver un économiste de grand format qui puisse réconcilier la financer internationale avec notre pays miné par ses médiocres combinazione politiques à l’italienne ? Yves Leterme ? Il faut d’abord qu’il fasse un détour par l’OCDE pour rembourrer son CV de parfait technocrate. Jean-Luc Dehaene ? Brûlé par son passage désastreux à la tête de la Dexia. Maertens ? Trop vieux. Magnette ? Trop jeune. N’en reste qu’un. Ses brillants titres universitaires devraient faire l’unanimité : licencié en sciences commerciales et financières, licencié en sciences économiques, licencié en révisorat d’entreprises. Qui dit mieux ? Le seul problème c’est qu’il est déjà ministre. Il s’appelle Michel Daerden. Peut-être qu’en changeant légèrement de nom (en l’orthographiant Michel Dardenne, il pourrait passer pour le frère de Luc et Jean-Pierre Dardenne, personnalités belges respectées dans le monde entier) et en rendant sa carte de parti, il pourrait faire l’affaire ? En tout cas, il nous permettra de trinquer…

Alain berenboom

Paru dans De Standaard 17 novembre 2011

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