Tels qu’Yvonne Baby les a connus


Responsable des pages culturelles du Monde entre 1970 et 1985, Yvonne Baby a écrit une dizaine de livres dont, en 1998, ses mémoires, Une vie retrouvée (L’Olivier). Dans A l’encre bleu nuit, elle se souvient, à la troisième personne, de sa plume élégante, de quelques hommes et femmes qui, croisant sa route, l’ont marquée d’une manière ou d’une autre. Giacometti, familier de la maison, sa mère s’est remariée avec le critique cinéma Georges Sadoul, surréaliste communiste auteur d’une importante histoire du 7ème art, alors qu’elle apprend son métier de journaliste. Parmi les visiteurs de l’appartement de l’île Saint-Louis figurent également Aragon, qui la couvre d’une «tendresse paternelle», ou Cartier-Bresson, « l’indigné, le rebelle ». Yvonne Baby parle aussi longuement, dans un texte magnifique, de l’homme qui l’a adoptée enfant, faisant rayonner le cinéma «à l’infini devant ses yeux à elle», et à qui elle dédie son premier roman, Oui, l’espoir, en 1967. Elle évoque Michel Cournot, le critique ciné du Nouvel Observateur, que, dans les années 1970, elle attire au Monde où il écrit sur le théâtre. Et qui, au Mercure de France, édite La Vie devant soi, premier roman d’Emile Ajar que, sous les traits de Paul Pavlovich, elle rencontre à Copenhague. Il est aussi question d’André Fermigier, de Paul Morand, de Catherine Guérard ou de Paul-Marie de La Gorce. Et aussi d’Hervé Guibert qui écrit dans son quotidien sur la photographie ou le théâtre avant de devenir un écrivain emblématique des premières et plus meurtrières années sida. Un dernier long texte autobiographique, où il est notamment question de sa famille juive polonaise, clôt ce recueil empreint de mélancolie.