Terrain de mésentente

Les citoyens du Beau pays étaient déchaînés. On entendait par les rues « Truqueurs ! » « Nullités ! » « Cupides ! » « Pourris ! » « Imposteurs ! » Et pire encore. Après bling bling, bang bang. Ça flinguait à tout va. Quoi ? Parce qu’on s’était enfin attaqué au dossier des retraites ? Parce que Woerth avait convoqué les journalistes à l’aube (8h30 du matin, vous avez bien lu, une véritable provocation !) pour faire part des décisions de l’Elysée ? En voulait-on au gouvernement à cause de la marée noire du déficit, autre chose que celle dans laquelle était injustement englué Obama, et qui allait obliger à se serrer la ceinture ? Ou bien alors la presse tombait-elle à bras raccourcis sur ces ministres cumulards qui non contents d’être vieux et de toucher la retraite afférant au statut enviable d’élus bénéficiaient d’un confortable salaire ? Était-ce Christian Blanc pris la main dans la cave à cigares (12.000 euros partis en fumée, sans compter le trou de la sécu qu’allait provoquer la longue maladie qui en résulterait) ? Ou Joyandet usant de son titre de sous-ministre pour obtenir un permis de construire illégal à St Tropez ? Ce clinquant, ce luxe vulgaire, ce manque de talent, d’intelligence, de modestie, il aurait fallu un bon remaniement, des démissions… A moins que l’on ne se déchaînât contre la bêtise de Rama Yade qui s’était faite avoir comme une bleue avec sa réservation d’un hôtel de luxe en Afrique du sud ? Ah bon ? Il n’était plus question de cela ? Quoi, pas même un changement d’équipe avant la prochaine échéance électorale ? Si seulement ! Par malheur, il ne s’agissait que de football. Du Mondial. Pas de quoi en faire un foin, pourtant : l’équipe de France avait tenu toutes ses promesses. Plus nulle, moins collective, plus arrogante et grossière dans les vestiaires, plus impuissante et paresseuse sur le terrain, tu meurs. Ce 18 juin qui célébrait les 70 ans de l’appel à la résistance du Général après la défaite de juin 40 était englouti dans la presse sous les tombereaux de critiques contre la sélection nationale des pourris-gâtés, contre-exemples absolus qui avaient inoculé au Beau pays la drogue dure de la mollesse de la paresse. Il aurait été injuste d’enlever du tableau de déshonneur son Insuffisance le patron de la fédération de football – lui-même inquiété en son temps dans une histoire de notes de frais – qui n’avait pas trouvé mieux à l’issue de la mémorable déculottée que de réclamer « un peu de respect » de la part des journalistes. Les Français avaient d’ailleurs fait un triomphe à cette défaite historique face au Mexique. Avec ce goût de l’auto dénigrement qui n’appartenait qu’à eux et qui compensait leur orgueil, ils s’étaient régalés de la presse du jour. Churchill avait promis du sang et des larmes. La France baignait en cette mi-juin glaciale dans un mélange beaucoup moins noble de fange, de scandale, de déception, de fric et de dégoût. Pendant ce temps-là, Sarkozy était à Londres. Respirer la grandeur d’autrefois ne pouvait pas faire de mal. Mais aucun appel, aucun sursaut, aucune résistance n’étaient à attendre de son londonien séjour. La reine d’Angleterre ne s’y était pas trompée qui avait soigneusement évité de se retrouver sur le chemin du roitelet des Coqs. Il faut dire qu’il était bien démonétisé. Un magazine français titrait : Sarkozy « est-il si nul ? » Pour être honnête, la question ne se posait pas seulement pour lui. Pour les Bleus, mutins chocolat, l’affaire était entendue : on pouvait se passer de point d’interrogation. Jusqu’à mardi prochain.

#football #Mondial #Sarkozy

Posts récents

Voir tout

NOUVEAU SITE

Cela fait de longues années que ce blog n’a pas été mis à jour. Non que ce soit une obligation ; mais là, vraiment, il était temps. Il n’y aura plus de nouveaux articles sur ce site. Je vous invite à

michaël, l’espiègle

Dans une belle lettre d’adieu à son coéquipier Michael Goolaerts, le triple champion du monde de cyclo-cross Wout Van Aert écrit qu’il ne faudra jamais oublier Michael, ce gars espiègle avec son étern

Anvers et contre tout

Anvers est loin de Vérone. Sous le balcon de Juliette, l’histoire d’amour était dramatique mais simple. Dans la métropole pluvieuse, la tragédie a tourné au Grand-Guignol. La Belgique est une terre de