TINA, en coup de vent


Non qu’on l’avait perdue de vue depuis sa retraite – aux dernières nouvelles, c’est plutôt elle qui s’est égarée dans les limbes de l’amnésie et de la mémoire qui flanche. Mais il est particulièrement symptomatique qu’on la ressorte maintenant, et qu’on affiche l’admiratrice zélée du général Pinochet à l’heure où la Grande-Bretagne amorce à toute vitesse un virage très sec sur l’aile néo-libérale.


TINA. Ce n’est pas le nom d’un ouragan ; quoique, d’une certaine manière, c’est bien un genre d’ouragan qui a popularisé cet acronyme. There Is No Alternative. C’était le cri de guerre de Margaret Thatcher quand elle officiait au 10 Downing Street, tout au long des années 80. Pas d’alternative au système néo-libéral, bien entendu : et il faut avouer qu’elle a, en ce sens, laissé une forte empreinte dans les esprits, en privatisant et en accélérant la déréglementation à tout va de secteurs entiers de l’économie, et prouvé ainsi, à rebours de la croyance bien ancrée, que certains politiques peuvent avoir une grande influence sur la conduite des affaires. Mais avait-elle pour autant achevé son œuvre ? En tout cas, son objectif avoué d’instaurer un « capitalisme populaire » n’a pas exactement pris corps dans toutes les couches de la société ; et ses dividendes n’ont aspergé qu’une infime partie du corps social.

Le gouvernement Tories/LibDem de David Cameron a concocté un plan drastique de réduction des déficits publics, en combinant des coupes de l’ordre de 83 milliards de livres (95 milliards d’euros) avec des hausses d’impôts estimées à 30 milliards de livres (34 milliards d’euros), histoire de ramener le déficit du Produit Intérieur Brut de 10,1% à 1,1% en 2015, année électorale. Bien entendu, l’équipe en place se garde bien de rappeler que ce déficit du PIB était, en 2007, de 2,7%, et accuse l’ancien premier ministre Gordon Brown, chassé aux élections générales du printemps dernier, de l’avoir laissé filer à partir de 2008, créant ainsi le gap actuel.

Il vaut la peine d’énumérer, sans commentaires, les mesures du plan Osborne, le Chancelier de l’Echiquier (Ministre des Finances), détaillées récemment au Parlement : suppression de 400.000 emplois de fonctionnaires (essentiellement par des départs naturels à la retraite, et donc des non remplacements) en moins de cinq ans, allocations de chômage, de logement et aides aux handicapés rabotées, coup d’arrêt aux dépenses sociales, aux dépenses d’investissements, au fonctionnement des ministères (Défense moins 8% ; Trésor moins 33%, Foreign Office moins 24% ; liste civile de la Reine moins 12%, etc), relèvement de l’âge de la retraite à 66 ans dès 2020 – soit six ans plus tôt que la date butoir initialement prévue -, suppression de 42.000 emplois dans le secteur de la Défense, mise à la retraite immédiate du navire amiral de la Royal Navy, abandon des avions de combat Harrier et espions Nemrod (ce qui lui a valu les critiques de l’administration Obama, puisque l’armée britannique est opérationnelle en Afghanistan), gel de la redevance télé pour la BBC, privatisation partielle de la Poste, quasi doublement des frais d’inscription dans les Universités,…

Bref, de quoi faire enrager l’égérie de TINA : car il est évident que, si elle recouvrait toutes ses facultés mentales, elle serait assurément déçue de n’avoir pu appliquer elle-même ce brillant programme, et d’avoir dû se contenter d’avoir suscité la filiation dont David Cameron s’est réclamé en s’exhibant l’autre jour à ses côtés. Car Margaret Thatcher a toujours mal accepté qu’il puisse y avoir la moindre alternative à elle-même…

Naturellement, un tel plan n’est susceptible de produire ses effets dévastateurs que pour autant qu’il n’y ait pas un second crash du système financier – le premier ayant nécessité la nationalisation des banques, sous l’égide de M. Brown et du Labour, et ainsi creusé le déficit à partir de 2008. Et il faut convenir que, d’ici à 2015, cela risque d’être serré. Mais, d’ici là, Margaret Thatcher aura sans doute disparu de l’image…

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