Toutes les équations de l’inconnu

Au fond, pour l’heure, s’agissant des problèmes (politiques, mais lourdement grevés d’inconnues existentielles) en Belgique, rien n’est encore véritablement compliqué – je n’ai pas dit insurmontable.

Comme chaque fois après des élections, des lignes directrices se sont dégagées (ici, les incontestables victoires de la N-VA en Flandre et du PS en Wallonie), et qui vont imprimer leur marque sur la suite et jusqu’au bout des tractations. Il me semble toutefois que deux paramètres spécifiques doivent être ajoutés à cette banalité de base. D’abord, le fait que, à ce stade, aucun parti démocratique n’est réellement exclu a priori des négociations – en corollaire, les deux vainqueurs vont sans doute dicter leurs préférences : le PS voudra en écarter le MR, pour le reléguer dans l’opposition à tous les niveaux de pouvoir et pour peser depuis l’extérieur sur la mise en cause en interne de son Président, Didier Reynders ; pour sa part, la N-VA pourrait être tentée d’en écarter plutôt le CDH et sa Présidente, tant cette Madame Non a su indisposer les flamands – et ainsi de ramener le MR dans le parcours, quitte à se retrouver en face d’Olivier Maingain en personne. Quoi qu’il en soit, il est bien clair qu’un futur gouvernement fédéral devra disposer d’une majorité des deux tiers pour faire voter une révision constitutionnelle et dessiner la nouvelle architecture des institutions : dès lors, il sera plus commode d’associer dès le début un grand nombre de partis, de manière à ne pas devoir négocier, le moment venu, un appoint problématique et une détestable surenchère.

Ensuite, second paramètre, si les francophones paraissent être enfin arrivés en 2010 au point où étaient les néerlandophones dès 2007 – c’est-à-dire qu’ils seraient désormais conscients qu’une profonde réforme de l’Etat fédéral est nécessaire –, eh bien les flamands, eux, tout naturellement n’en sont pas restés là. De sorte qu’il y a entre les uns et les autres, outre un décalage dans le temps, une béance entre les opinions et les attentes respectives.

. Venons-en au fait. On a déjà dit que, dans la mesure où les divergences entre le PS et la N-VA (et au-delà, de leurs communautés respectives) sont si éclatantes qu’une synthèse entre eux serait franchement illusoire. En même temps, il ne serait pas si surprenant qu’on en arrive en fin de compte à un accord politique entre eux : et, dans cette mesure-là, il est évident que la moindre avancée enregistrée par la N-VA sur les questions institutionnelles sera perçue comme autrement plus probante que le bilan absolument nul d’un Yves Leterme en la matière. Mais, bien entendu, on ira plus loin.

Les francophones, bien obligés, devront affronter un sacré dilemme : s’ils acceptent de dépouiller «l’étage fédéral » de nombre de ses prérogatives au profit des entités fédérées (entérinant ainsi un début de «révolution copernicienne» anticipée par Kris Peeters, Ministre-Président flamand, dès 2007), ils n’auront cependant aucune garantie que ces transferts de compétences suffiront à asseoir la pérennité du pays et à le « stabiliser » – maître mot de Di Rupo, futur formateur (si on en arrive là) ; en revanche, vu que ce processus sera désormais en quelque sorte officialisé, la N-VA (et les partis flamands à sa suite) va s’arcbouter sur cet irrésistible mouvement pour préparer la suite. Il faudra donc, pour les francophones, trouver un point d’équilibre qui ne soit pas en même temps un point de bascule.

Quant aux tabous, ils seront à coup sûr mis à rude épreuve. Il n’est plus temps, désormais, de n’être «demandeurs de rien», comme les francophones l’ont été en toute absurdité en 2007. Les sonnettes d’alarme et autres conflits d’intérêts ne sont plus de saison. Que veulent exactement les francophones, à part maintenir l’unité d’un pays qui leur échappe ? (il sera bien temps de reparler de leur «Plan B», s’il sort des cartons). D’un autre côté, pour autant que la N-VA parvienne à intégrer une partie de son programme dans la feuille de route d’un futur gouvernement, l’on pourrait s’orienter vers quelques hypothèses – des pistes qui s’enfoncent loin dans les garde-fous.

Scission de BHV contre (s’il faut des compensations) l’instauration d’une circonscription fédérale ; cogestion de Bruxelles A TROIS (les deux principales communautés du pays plus la Région Bruxelloise) contre le maintien de la surreprésentation flamande, mais diminuée ; refinancement de Bruxelles contre un assouplissement des lois linguistiques et des garanties pour les francophones des six communes à facilités de continuer à voter pour des listes francophones – sans doute à Bruxelles –, en plus d’une formule pour récupérer sur des listes francophones les votes des francophones de la partie Halle-Vilvoorde (les 29 autres communes) de BHV ;  transferts massifs de compétences aux régions et communautés, en même temps qu’un renforcement de la cohérence des « paquets de compétences » du Fédéral – un flux évidemment bien moindre que dans l’autre sens ; possible abandon de la norme de croissance annuelle de 4,5% du budget de la sécurité sociale (cette révision permettant en partie de résorber le déficit du budget fédéral, en attendant la contribution des banques réclamée par le PS), contre la garantie de sa pérennité (pas de scission de la solidarité à ce stade, par conséquent). Ce genre d’idées… qui devront en plus donner une sorte d’assurance à la N-VA de ne pas connaître le sort de la Volksunie (dont elle est issue), qui, chaque fois qu’elle a négocié une réforme de l’Etat, a pris une pelle aux élections suivantes.

Er moet iets gebeuren, comme on dit. Ce qui signifie que, la Belgique, s’il y a un après pour elle, ne sera plus seulement une équation à plusieurs inconnues : mais qu’elle devra mettre en équation l’inconnu lui-même…

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