Trois coups de trompe pour un auteur belge


 Quand on a les crocs, on a grand faim. Or s’il y a bien un qualificatif qui convient au recueil de nouvelles et de récits de Michel Wagner intitulé Les Crocs, c’est celui de « gourmand ». Pourtant il n’est guère question de cuisine dans les histoires qui composent l’ouvrage mais plutôt de ce qui précède à tout bon plat de gibier : la chasse. La chasse sous tous ses aspects, avec le vocabulaire ciblé des vrais passionnés de cynégétique, et avec ce je ne sais quoi d’une friandise qui agite les papilles. Et on prend goût à découvrir cet art ancestral, fait de patience et de plaisir. Parce que bien sûr, selon Michel Wagner, le chasseur prend plaisir à ce qu’il fait (sinon il jouerait au football le dimanche plutôt que de grelotter pendant des heures à son poste): le plaisir de tirer (pourquoi le nier, l’homme aime tuer, et il a trouvé une bonne raison de le faire : l’équilibre des espèces) et le plaisir de raconter ses exploits ou ses déboires car le chasseur prend sans doute autant de plaisir à raconter les frissons qui l’ont secoué en voyant passer une grosse laie que ceux qu’il a réellement ressentis. Et enfin le dernier plaisir – et non des moindres : celui de la table. 

Dans le recueil, il n’est question ni de condamnation de la chasse (nulle « chasse aux sorcières », vous l’aurez compris…) ni d’apologie éhontée. Mais de montrer combien, comme dans tout, c’est de la grandeur d’âme de celui qui le pratique que dépend la noblesse de l’exercice.

Michel Wagner joue avec la langue et manie les mots comme une arme. Bref si les termes d’affût, de traque, de pirsch ne vous rebutent pas, jetez-vous sur la bête et dégustez-la !