Trois géants de la bande dessinée: Bilal, Tardi, Schuiten


Avec à son bord le narrateur, qui tient un journal enregistré, son amie planétologue, deux fillettes qui «débitent des citations de haute volée» dès qu’il traverse un nuage et un agent de sécurité, un Zeppelin file tout droit et sans but, verrouillé sur navigateur automatique, le pilote ayant été éjecté dans le vide. Cet engin chargé «à ras bord» de déchets nucléaires et d’armes atomiques devait être le déclencheur d’une 3ème guerre mondiale. Au même moment, les sept principaux personnages des deux tomes précédents (plus un cannibale) progressent vers une destination inconnue. Cette histoire étrange, désarçonnante, magnétisante, est «servie» par un dessin d’une subjuguante beauté. D’abord très sombre, baigné de bleus ou d’ocres monochromes, il laisse progressivement entrer la couleur, le vert, le bleu ciel et toujours des traînées de rouge. Quant au texte, alternance de dialogues et de monologues, il offre un surprenant mélange de considérations profondes, voire philosophiques, notamment avec quelques citations judicieusement disséminées (Nietzsche, Godard, Bergson…), et de détails triviaux, cocktail devenu la marque de l’auteur.