Typiquement humain (voire canin)


Comment dire? Ce Bertrand-là serait le fils spirituel d’Alexandre Vialatte et d’Henri Calet, le cousin de Franz Bartelt – vous ne connaissez-pas? Ruez-vous sur Le Grand Bercail ou Les Bottes rouges, ou de Tronchet, ébouriffant auteur BD. C’est drôle (très), plus lucide que méchant (la méchanceté ne fait pas à elle seule de la bonne littérature – heureusement),  mais, surtout, et c’est cela l’important, ses textes sont le fruit d’un sens aigu de l’observation, mis en mots avec un plaisir de la langue diantrement communicatif. Ce serait comme un délicieux breuvage qu’on se plaît à garder le plus longtemps possible en bouche.

Mais de quoi s’agit-il, en définitive? De vingt représentants de ces Autres qui peuplent – polluent? – le monde, et donc notre existence– et qui sont, cela va sans dire, typiquement humains, même si le chien, nous rappelle l’auteur, n’est jamais loin. On voudrait tout citer tant tout y est formidablement juste et drôle. Sa dissertation sur les Cons, par exemple (on retrouve Brassens), les grands, petits, jeunes, vieux, pauvres, dernier des, comme un balai, etc., constitue un extraordinaire morceau de bravoure littéraire.

«Quoi de plus humain que l’Imbécile Heureux? On n’en trouve dans aucune autre espèce animale (ou alors, peut-être chez certains chiens de compagnie)», interroge le facétieux auteur. Avant de noter qu’il n’existe pas d’Imbécile Malheureux parce qu’il «ne serait plus tout à fait un imbécile. Il serait principalement malheureux, comme vous et moi.» «Si vous avez conscience d’être un imbécile, c’est précisément que vous n’en êtes pas un. Alors que, au contraire, si vous avez conscience d’être heureux, c’est que vous êtes probablement heureux. Sauf si vous êtes un imbécile.»

Si cela ne vous titre pas un éclat de rire, ou même un sourie, passez votre chemin, tout est de cette eau-là, qu’il soit question du Touriste, du Philanthrope, du Parisien, du Provincial, de l’Agélaste (qui ne rit jamais, tel le croque-mort «par conscience professionnelle»), du Psychorigide, du Voisin, du Malade, du Pauvre, du Végétarien, de l’Enthousiaste («l’exemple même du type assommant»), du Lambda (majoritaire) ou du Groupe («ramassis de sales types qui fonctionne comme un seul homme»). Un conseil si vous achetez ce livre: gardez-le à portée de main et plongez-y de temps en temps: c’est un formidable remède contre le vague à l’âme et les idées noires.

Jacques A. Bertrand, Les autres, c’est rien que des sales types , Julliard, 134 pages, 15 €