Un ange à Istanbul


Mathias Énard s’empare d’une magnifique figure historique : Michel-Ange. Le grand intérêt de tels personnages, c’est que leur vie est à la fois connue et pleine d’ombres. Ainsi, cette commande que le sultan Bajazet, maître de l’empire ottoman, lui aurait passée : un pont sur la Corne d’Or, pour relier les deux parties d’Istambul. Projet où Vinci aurait échoué auparavant… À partir de cette scorie, Énard brosse en petites touches sensibles le portrait d’un artiste tributaire des humeurs de ses puissants commanditaires, qu’il s’agisse d’un pape, d’un prince ou d’un sultan. La postérité en fait un génie, un géant ; en son temps, il était admiré, certes, mais au service de l’argent et du pouvoir. Un roman subtil qui non seulement brosse le portrait d’un homme et d’une époque, mais qui rappelle aussi ce qu’il y a de fragile dans la condition d’un artiste. Mais c’est dans cette fragilité qu’il puise la plus belle part de son inspiration, et donc de sa force.