Un Chinois, Napoléon et un cerveau évitiste aux insignes de Wombat.


Mais où va-t-il chercher tout cela? Régulièrement, Wombat débarque avec la réédition d’un livre épuisé, oublié, déniché on ne sait où. Mais toujours sur le rayon de l’humour. Ainsi Le Chinois du XIVe, publié pour la première fois en 1966. Son auteur, Melvin Van Peebles, né à Chicago en 1932, qui vit aujourd’hui à New York, est venu traîner ses guêtres à Paris au début des années 1960, à l’invitation d’Henri Langlois, grand manitou de la Cinémathèque – il avait réalisé plusieurs courts métrages. Plutôt que de faire du cinéma – il tournera un film en 1968, La Permission, avant de regagner les States -, il hante les bistrots où il apprend le français, s’acoquine avec la joyeuse bande d’Hara-Kiri, adapte La Reine des Pommes en BD avec Wolinski et traduit le magazine BD satirique, Mad.


En 1963, le scénariste Jean-Claude Carrière et le cinéaste Pierre Etaix ont commis un bien étrange bouquin, l’histoire illustrée de «Napoléon Bonaparte qui fut l’empereur des Français». Esprits cartésiens s’abstenir! Les deux complices dévoilent, avec un humour iconoclaste et bien peu respectueux, la face cachée du grand petit homme qui, tout de même, a laissé le code civil, le blocus continental, la baccalauréat et la légion d’honneur. Une phrase de l’un, un dessin de l’autre, et le tour est joué. Prévoyant, Napoléon est suivi par son aide de camp équipé d’un parapluie au cas où; imprévisible, il cache dans son dos un drapeau anglais. C’est un livre tout à fait inattendu, très difficile à décrire, qu’il faut lire en continu et non en picorant car il raconte vraiment une histoire. Celle d’un homme qui «a beaucoup fait rêver» et dont la gloire «demeure intacte en France et dans le monde». «Un exemple à méditer», apprécient les facétieux auteurs.


Conscient de la «complexité de la civilisation», Roger Price élabore dans ce livre retraduit par Frédéric Brument, fondateur et animateur de Wombat.«une flopée de théories à peu près sur tout» qui sont autant de «conseils du tonnerre» pour s’y retrouver dans l’existence. Il étudie l’«Inadaptation» de l’homme au monde moderne dont l’origine est liée à l’histoire de la roue, en observe les caractéristiques et symptômes, illustrant ses propos de bien utiles dessins qui permettent au lecteur d’y voir plus clair (des pictogrammes, des hommes des cavernes, des schémas du corps humain et du cerveau, son cousin Stanley né avec un seul œil, son oncle Harold qui est un singe, etc.). Il en profite pour s’élever contre l’évolution – «une imposture» – qui a transformé le «singe gai, libre et sans emploi» en un «homme rongé par l’angoisse et le doute». Ou promeut une «philosophie nouvelle et optimiste», l’évitisme, qui consiste… à éviter les choses. Un chapitre spécialement dédié aux femmes (jeunes et d’«autres types») leur apprend comment «éviter les hommes qui les enquiquinent dans les lieux publics et leur donner une leçon bien méritée» – par exemple grâce à la fourchette vietnamienne ou la feinte «viens voir par-là, toi», stratagème effectivement imparable si on en croit les illustrations. En fin de livre, l’auteur a réuni tous les mots que l’éditeur l’a contraint à couper, et qui donc ne lui servent plus à rien, au cas où le lecteur en aurait l’usage (y figurent en grands nombres quelques adverbes, «moi», «moi-même», «Roger Price» ou «Mlle Patricia Delray»). Et l’humoriste de conclure sur une recommandation, en bon évitiste: «gardez la tête baissée et la lèvre qui pendouille».