Un de ces naïfs que dénonce Maingain

Certaines crises sont entretenues par la thérapie que l’on suit soi-disant pour en sortir. Ainsi, ces psychanalyses (pas toutes) qui durent dix, vingt ans. Ainsi, ces négociations interminables pour la résolution du conflit isréalo-palestinien où chaque pas en avant est un pas de danse pour détourner l’attention ou faire patienter, aussitôt suivi de trois pas en arrière. Ainsi, les négociations belges qui durent depuis si longtemps… On a longtemps présenté le “compromis à la belge” comme la panacée politique, le fin du fin, le nec plus ultra démocratique. Si la formule a fait ses preuves et semble avoir évité que les tensions belges conduisent à des morts – mais cela ne tiendrait-il pas à la maturité politique et à la culture des individus concernés plus qu’aux stratégies de leurs représentants ? –, il est cependant évident qu’elle était devenue un cliché creux, une caricature où, d’un côté (francophone), on stigmatisait les “ultimatums” flamands, et de l’autre (néerlandophone), on reprochait les tergiversations et les atermoiements francophones. “Il faut réformer”, scandaient les néerlandophones ; “On va négocier”, répliquaient les francophones.

Comme le coup de force turc en Méditerranée, les élections de ce dimanche représentent sans doute une solution de continuité dans un processus qui stagne, pour ne pas dire qu’il pourrit. “On va se séparer”, semblent avoir dit 45 % des Flamands ; “On va réformer”, répond celui qui, au Sud du pays, a récolté plus de 30 % des voix. On se retrouve évidemment devant une situation inédite : un face à face entre deux grandes carrures politiques qui représentent, chacun pour l’autre, ce qu’il y a de plus détestable. Pour Di Rupo, De Wever veut tuer la Belgique et mettre fin à la solidarité ; pour De Wever, Di Rupo incarne le parti qui a fait de la Wallonie un pays d’assistés vivant aux crochets de la Flandre. Il y a peu, Luc Van Der Kelen comparait le problème de la périphérie bruxelloise à la Palestine ; aujourd’hui, il se trouvera sûrement l’un ou l’autre commentateur pour comparer De Wever à Ismaïl Haniyeh et Di Rupo à Netanyahu. Mais ce genre de comparaison est vain. Nous ne sommes pas en Palestine, nous ne sommes pas en guerre, et aucune des deux figures politiques qui ont émergé du scrutin n’est celle d’un extrémiste. Pour Di Rupo, c’est évident : on peut certes faire des reproches au parti qu’il dirige, comme on peut le faire pour tout parti qui se trouve en situation hégémonique si longtemps (comme par exemple le MR dans le Brabant wallon…), mais pas celui d’un extrémisme quelconque, et certainement pas nationaliste, même si Rudy Demotte a tenté de lancer le débat sur l’identité wallonne (palme d’or au festival du rire de Rochefort). Pour Bart De Wever, c’est moins évident, en tout cas du côté francophone où il a été systématiquement présenté comme un extrémiste, et certainement un radical. Suis-je un de ces naïfs que dénoncent Maingain ? Toujours est-il que j’ai envie de faire confiance à Bart De Wever, autant qu’à Elio Di Rupo. Parce qu’une majorité claire de nos concitoyens a fait de même. Si notre suffrage était majoritaire, il n’y aurait que ces deux partis en lisse pour un gouvernement. La confiance sur laquelle les deux hommes d’État peuvent compter leur offre le socle nécessaire pour mener à terme le mandat qu’il leur a été confié : trouver une solution rapide à des problèmes institutionnels néfastes, et permettre à la Belgique de sortir de la crise dans laquelle elle est plongée, comme tous les pays européens, mais qui pourrait prendre des proportions plus graves si aucune réforme de l’État n’intervient rapidement. Maintenant, ma naïveté ne va pas jusqu’à croire que cette négociation sera facile… Même “Papa” Daerden l’a dit. Et c’est une des taches sombres de ce scrutin : quand on constate que des individus pareils demeurent aussi populaires, on soupire et on se prend à penser que la sagesse des électeurs n’est peut-être pas aussi évidente…

(Article paru en néerlandais dans De Standaard)

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