Un humain doué de raison

Ce n’était pas la peine d’essayer de leur faire peur. Ce n’était pas la peine de leur faire la leçon, la morale, tout en en tirant renommée et profits de prises de positions soi disant écologiques : les habitants du Beau pays étaient plus futés que cela. Face aux catastrophistes de la fonte des glaces, aux obsédés de la couche d’ozone, aux frileux de l’effet de serre, aux détraqués du dérèglement climatique, face aux sergents recruteurs de l’armée des sombres qui prédisaient la fin du monde et n’acceptaient de faire du vélo en ville qu’en période électorale et quand il faisait beau, quelques voix commençaient à se faire entendre. L’effet Allègre faisait monter la température de la planète à lui tout seul en chauffant les oreilles de tous ceux qui prétendaient que l’homme était responsable du réchauffement climatique, et quel réchauffement, au fait ? Il y avait bien une part de provocation, bien sûr, mais on commençait à énoncer des vérités, à les écrire aussi ; par exemple qu’en une seule éruption, un volcan pouvait menacer l’humanité entière comme il y a 70.000 ans en Indonésie le Toba qui avait englouti la Terre dans un hiver nucléaire de plusieurs années. De même la géographe Sylvie Brunel dans Le Point rappelait que le bio était 30% plus cher, ce qui en faisait la nourriture idéale des bobos d’élevage, mais, surtout, que « le bilan carbone du bio était désastreux : passage répété du tracteur pour enlever les mauvaises herbes et importation massive de nourriture pour satisfaire (…) aux attentes des consommateurs persuadés qu’ils vont avoir accès à une nourriture goûteuse. » Fin de la citation et de la charge. Les gens qui réfléchissaient et qui aimaient vraiment leur Terre mangeaient scrupuleusement non-bio. Face à la colère de ses paysans, Petit roi lui-même venait de mettre un frein aux ardeurs environnementales. Hélas la peur de la science, toujours renouvelée, empêchait les hommes de l’art de faire avancer l’humanité, avec leurs recherches sur les OGM ou les nano technologies, pour ne citer que les épouvantails favoris des ignorants. Et puis enfin vint Perrin ; avec son film « Océans ». A sa sortie, on lui posa la question : « Entre les films d’Al Gore, de Yann Arthus-Bertrand et de Nicolas Hulot, ne craignez-vous pas une saturation du public concernant l’environnement ? — Je ne les ai pas vus. » Jacques Perrin venait de faire la réponse parfaite de l’artiste. Le véritable artiste, seul face au monde et à son œuvre. Qui se défiait de la mode et des idées en vogue ; qui parlait aux sens – quoi de plus beau que cet hymne en images à la planète Mer ? – et à la raison. Il révoltait avec une séquence de pêche barbare, il émouvait en évoquant sans emphase ni tapage, ni la bonne conscience moralisatrice qui empoisonnait tant de ses confrères, la responsabilité humaine universelle. Il donnait à écouter au plus profond de soi le chant de la raison encore plus ténu pour l’homme que le cri des dauphins et des baleines. Lui, il donnait à penser, pas à hurler avec les loups (au demeurant espèce menacée !). Jusqu’à mardi prochain.

#bio #Ecologie #OGN

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