Un rêve (et aussi un cauchemar)


Il est vrai qu’on pourrait y voir la preuve définitive que la génération des leaders de mai 68, non contente d’occuper en permanence l’espace médiatique depuis lors, aurait véritablement renoncé à ses fulgurances de l’époque et endossé, comme les autres, ce qu’elle exécrait alors avec tant de virulence (pour faire court, assurer sa présence dans les Conseils d’Administration plutôt que dans les Conseils ouvriers). Et ce duel, sinon de narcisses du moins de personnages qui ont toujours privilégié l’un l’aventure individuelle et l’autre l’histoire personnelle, serait celui de deux bêtes de scènes, adeptes d’un langage franc et brut de décoffrage, où le ton familier et provocateur, à tu et à toi, entraîne le débat politique dans une sorte de «zone de langage effondrée», dans laquelle les saillies verbales le disputent aux outrances (et souvent aux aberrations) de pensée.

En l’occurrence, une telle confrontation n’a rien d’irréaliste. Devant l’état de capilotade où sombre le Parti Socialiste français, où une nuée de prétendants s’imagine un destin présidentiel sans qu’aucun ne fasse l’unanimité sur son nom, contribuant ainsi chacun à tirer sa formation vers l’abîme du discrédit, la montée en puissance d’Europe Ecologie, le mouvement initié par DCB aux élections européennes de juin, si elle se confirme, pourrait changer la donne. A quatre mois des élections régionales de mars 2010, les personnalités (issues essentiellement de la société civile) affluent et se voient intégrées en position éligible dans la confection des listes. Ces soutiens (qui, naturellement, ne se retrouvent pas dans la gestion d’un PS laminé par ses querelles de personnes et aux abonnés absents au chapitre des idées) couvrent une grande partie du spectre des thèmes d’une certaine bonne conscience de gauche (les sans-abri, les clandestins, la lutte contre le réchauffement climatique, celle contre la corruption et les dérèglements de la finance internationale, etc). Dans ce contexte, que ce mouvement serait en capacité de devancer le PS n’a plus rien d’incongru. Et alors…

Eh bien, la piste d’une candidature de DCB à la présidentielle de 2012 (et de là au tour final pour le poste suprême) prendrait de la substance. Certes, il lui faudrait écarter quelques adversaires : au PS, Hollande (qui pourrait trouver les appuis nécessaires dans l’appareil qu’il a longtemps dirigé) ou Strauss-Kahn (qui peut créer une dynamique (?) par sa présence/absence en France et sa stature internationale comme directeur du FMI) ; quant aux autres – Aubry qui manque d’autorité sur ses propres troupes; Royal qui en est à tenter de rattraper son propre courant ; Delanoë qui est d’abord un municipaliste ; Jospin qui ne reviendra jamais ; Valls trop court ; Peillon ou Montebourg trop justes ; Hamon trop benoît – à mon sens ils ne tiendront pas la distance ; Bayrou, qui est trop isolé et doit encore s’extirper de sa fixation antisarkozyste de base ; Besancenot  qui n’a pas réussi à capitaliser sur les luttes sociales pour faire décoller son NPA. DCB devra ensuite opérer sur son nom une sorte de synthèse, en termes de programme et d’identification d’un homme à celui-ci (un don qu’il a régulièrement montré en 68, quand il fédérait sur sa personne les diverses nuances de l’extrême gauche qui tenait les Universités). Surtout, il faudrait que Cohn Bendit soit candidat, ce qu’il a toujours refusé d’envisager ! Mais impossible n’est pas français (ni allemand, pour ce qui le concerne)…

D’ailleurs, en 2012, DCB aura 67 ans, et ne sera donc pas encore redevenu soixante-huitard…

#DanielCohnBendit #présidentielles2012 #Sarkozy

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