Un roman français très américain


Dur dur après un prix Goncourt (Alabama Song) de se remettre à la tâche. Sauf peut-être pour Gilles Leroy. Il enfile ses bottes de 7 lieues pour nous conter le cataclysme de l’ouragan Katrina, les pensées d’une femme noire ankylosée par son passé et l’indigence de certains quartiers de la Nouvelle-Orléans.

 Comme dans de terribles bayous hantés par les alligators, le lecteur surnage dans un univers chaotique (l’eau monte dans les chaumières et Zola Jackson décide de rester chez elle avec sa chienne Lady). C’est une femme de poigne qui a combattu toute sa vie pour être digne en toute circonstance. On est face à son naufrage physique (elle s’est réfugiée dans son grenier car l’eau a atteint le premier étage, la chaleur est étouffante et les secours trop peu nombreux à arriver) mais aussi à son naufrage moral : elle ressasse sa vie et elle fait le point, sans indulgence, sur ses erreurs.

Si la conclusion est un peu « happy-end », elle est en revanche revigorante : on s’est tellement attaché à Zola et à sa chienne que c’est un plaisir de constater que sa vie sera peut-être moins solitaire après la catastrophe naturelle. Elle a souffert, elle a maintenant le droit à un peu de sérénité…

Au revoir Zola, tu m’as habitée pendant la lecture de ces 139 pages, et bien au-delà !…

Zola Jackson, Gilles Leroy, Mercure de France, 139p.