Une épure de Michelle Fourez


A peine plus de septante pages. Mais quelle densité! Il y a, chez Michelle Fourez, un travail de ciselage, de polissage tout à fait fascinant. Tout est dit. De quoi s’agit-il? De l’évocation de bribes d’enfance par une avocate de 34 ans qui se sent seule et perdue depuis le jour, celui de la tragédie du Heysel, où l’homme qu’elle aimait a regagné son Chili natal après douze ans d’exil. Nous sommes à la campagne, dans une ferme quelque part en Wallonie. En juillet 1957, la nouvelle radio fait son entrée dans la maison, ce qui permet au père d’écouter le Tour de France. Mais cet été-là, la petite de six ans – comme l’auteure – attrape la polio. Elle boitera toute sa vie. Et ce «grand malheur» va mettre fin à la complicité qui la liait à son frère «si blond et bouclé». Ce sera désormais moqueries et coups de pied subrepticement donnés sous la table. D’ailleurs, cet aîné tourmenté, qui rejette la vie de paysan, tournera mal. Françoise, elle, s’éloignera de la demeure familiale pour ses études, trouvera un ami intime, Lucien, et un amoureux, Roberto. Qui tous deux la laisseront seule. Construit en courtes séquences, Une famille est un texte profondément émouvant. Que l’on jurerait empreint d’autobiographie si son auteure, dont c’est le septième livre, ne semblait si éloignée de son héroïne. Il y a, chez Michelle Fourez, une puissance évocatrice que la littérature offre rarement avec une telle justesse. Rien de gratuit ni de relâché dans ces quelques pages qui traduisent une urgence d’écrire, de mettre sur papier des choses profondément inscrites en soi. Urgence qui différencie un vrai écrivain d’un raconteur d’histoires.

#LuceWilquin #MichelleFourez #Unefamille