Une année, et un peu plus, avec Frank Andriat



Dans le lot, figurent deux romans pour ados qui témoignent, comme tous les précédents écrits pour ce public (Tabou, Journal de Jamila, Je t’enverrai des fleurs de Damas, Voleur de vies), de la parfaire connaissance de cet âge-là par leur auteur, ex-prof de français dans le secondaire. La semeuse de mots doux (La Renaissance du Livre) met en scène, magnifiquement, faut-il le préciser, les liens, aussi forts qu’harmonieux, entre un père (dont la femme s’est volatilisée dans le sud) et sa fille de quinze ans. Tandis qu’une nouvelle compagne entre dans la vie du premier, la seconde, par sa totale liberté intérieure (engendrée et confortée par l’amour que lui porte son géniteur), va favoriser les retrouvailles de ce dernier avec son propre père. Et ainsi lui permettre de découvrir le secret responsable des cauchemars liés à sa peur de mourir.

Paru fin 2016 chez son éditeur de prédilection, Mijade, Un sale livre touche, une fois encore, un sujet terriblement actuel, et brûlant – avec toujours une grande part accordée à l’humour et à l’émotion. Une prof de français (elle aussi adepte de Bobin) donne à lire à ses élèves l’histoire de Nadir, un jeune réfugié syrien chrétien arrivé dans un collège de Mulhouse. De Rien Nadir, roman écrit par une Syrienne exilée récemment en France, et qui nous est donné à découvrir par bribes, chaque protagoniste va s’en emparer différemment. Justine, a priori très méfiante, redoutant un « carrousel dégoulinant de bons sentiments », ne peut plus décrocher avant son terme tant elle l’aime. Ce qui est loin d’être le cas de son père, choqué par ce « langage de voyous ». Et il n’est pas le seul à s’indigner. D’autres lecteurs pensent, quant à eux, que ce n’est pas de la « littérature ». L’affaire commence à faire des vagues au collège, divise les élèves, et le principal s’en mêle. Sur fond d’attentats djihadistes en France, ce remarquable roman progressant sur une double ligne dramatique et doté d’une très belle fin, pose subtilement des questions sur la société, la différence, la tolérance et sur la littérature. En en soulevant une qui pourrait concerner les ouvrages de son auteur : « Pourquoi des livres aussi forts sont-ils relégués dans le tiroir de la littérature jeunesse ? »