Une pionnière inconnue de la bande dessinée


Marguerite Bonnevay. Le nom ne vous dit probablement rien. Et à raison puisqu’elle est morte en 1903 à l’âge de 21 ans de la « maudite maladie » (la tuberculose) sans avoir eu le temps de se faire connaître. Pourtant c’est elle à qui l’on doit Tante chinoise et les autres, un ensemble de dessins accompagnés de légendes qu’elle compose lors de vacances dans le Var où elle s’ennuie. Elle a alors douze ans et fait preuve, comme le prouvent ses dessins, d’une grande maturité et d’un sens de l’humour aigu. Elle dépeint la société du village de Gonfaron , les manies de ses habitants, les cérémonies de mariage, les « bains de mer de la compagnie des pompières » et le départ pour l’exposition de Pékin de tante Chinoise pour « montrer un bel échantillon du sexe féminin ». Les commentaires de Marguerite sont truffés de tendresse et d’un irrévérencieux sens de l’observation. Elle réussit aussi et surtout un dessin expressionniste et magnifique qui fascine.  

Soixante ans plus tard, David Perlov découvre ces planches et décide d’en faire un film. Il lance une souscription : Calder, Jeanne Moreau ou encore Vieira da Silva, séduits par le talent artistique de la jeune fille, permettent au projet d’aboutir. Jacques Prévert écrira le prologue du film, et Germaine Tailleferre en composera la musique. La Table Ronde propose depuis octobre 2009 un album édité sous la houlette de Nathalie Jungerman qui regroupe le court-métrage de dix-sept minutes et les dessins originaux. L’initiative est à saluer tant le film et les planches ravissent.