UNE SAISON EN ENFER



Une saison en enfer


Exposition de Jean-Pierre Pijls 25 02 11 > 22 04 11

Un soir, il y a une dizaine d’années. Une chambre d’hôpital. Les parfums d’un long voyage ou les portes du néant. Dire adieu dans ses moments de lucidité que laissent les cocktails, aides au grand départ.

« C’est toi » me dit-elle et tout ce que je réponds, c’est « oui », une main et des larmes. Voir partir une amie, une jeune femme, qui laisse un mari, deux enfants, une famille, des proches. J’ai vu avant, après partir des gens, mais c’est certainement cette mort annoncée qui m’a le plus marqué.

Vendredi passé,  j’ai retrouvé la famille comme si  je l’avais quittée hier. Des Néerlandais démonstratifs qui dans l’étreinte, vous font soutenir tout le poids délicieux de l’amitié. La petite fille a grandi et à douze ans est un peu le portrait de sa mère. Ce sont des souvenirs qui vous submergent à ce moment-là. Et le moment était bien choisi. Le papa, Jean-Pierre, exposait ses photos, des photographies très particulières.

Il a, pendant une saison, plongé dans l’enfer de Sclessin, dans le chaudron bouillonnant de la ferveur des supporters. Un long travail d’approche pour, parmi les gens, photographier les hommes surtout, les femmes, les enfants. Méthodiquement, courageusement diraient certains, au plus près de la sueur, des cris et de la bière. Des photos prises parfois à la sauvette, d’autres plus léchées sans être apprêtées.

Sous la possible atrocité ou laideur des images, malgré le doute, la méfiance, le rejet que parfois génèrent ces supporters, j’ai lu non seulement cette amitié qui liait le petit Hollandais à ces passionnés de foot, mais aussi la cohésion, la force, l’engagement qui régnaient dans ces groupes.  Si j’ai joué au foot plus jeune, dans une équipe locale, puis au collège,  jamais je n’ai été attiré par le rôle de fan, par ces rassemblements pour injurier l’arbitre, l’équipe adverse ou le monde entier. Et pourtant, pendant que je regardais ces clichés au sens noble, j’ai compris, comme d’autres ce soir-là, la nécessité de tout cela. Peut-être qu’ailleurs, dans d’autres cultures, moins enclines à la compétition, à l’exclusion, ces collectifs ne s’imposeraient pas. Peut-être que d’autres moyens d’exprimer ces liens forts, ces liens d’amitié, ce sentiment d’appartenir à quelque chose existent, et c’est heureux, mais ces images m’ont poussé à reconsidérer mon point de vue sur le sujet. Et à redévelopper cette empathie, cette indispensable compréhension que nous devons avoir pour la situation  d’autrui.

Quand je suis parti, l’étreinte de la petite ressemblait tellement à celles de sa mère. L’humanité ne se berce pas uniquement de mots.

Denis Marion

Entrepreneur à buts affectifs.

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