Une semaine de chien

On venait de tirer le président des États-Unis de son sommeil. Robert Gibbs l’un de ses plus proches conseillers avait osé. Seule une nouvelle extraordinaire permettait d’enfreindre le protocole habituel. Le président venait de se voir décerner le Prix Nobel de la Paix, l’académie suédoise relevant avec pertinence ses efforts extraordinaires et infatigables depuis qu’il avait été élu pour changer notre monde dans le bon sens. Il n’échappa guère à Barack Obama qu’il devait présider le jour même un conseil sur la guerre en Afghanistan. Ses ennemis ne manqueraient pas de relever la contradiction en oubliant le fameux adage si vis pacem, para bellum. Mais alors, l’un des téléphones sécurisés de sa résidence privée sonna. – Quoi encore ? – Monsieur le Président, je voulais vous annoncer avec fierté que nous avons bombardé Cabeus. Percussion de 2,3 tonnes à 9000 à l’heure. Succès total. Non, Obama ne dirigeait pas le peuple le plus belliqueux du monde : c’était au bombardement d’un cratère de la lune à des fins purement scientifiques que s’était livrée la Nasa. En France pendant ce temps là, le président se morfondait. Il aurait bien voulu, lui aussi, être réveillé pour de grandes nouvelles ; mais ici, on restait désespérément sur terre. Il y avait des semaines comme ça, où on n’avait pas le prix Nobel et où ça ne volait pas haut. A vrai dire, on nageait dans le sordide et la politique à la petite semaine avec les accusations contre son nouveau ministre Mitterrand et le tourisme sexuel, avec l’eau de boudin du procès Clearstream qui n’en finissait pas d’être touillé dans un brouet nauséabond et en tout cas peu clair, et même avec la toute petite polémique de merde (et donc biodégradable) entre Hulot l’écolo et Guillon le rigolo. De son côté, perdant tout sens commun, Bayrou qualifiait la France de Sarkozy, sa France, d’ « empire romain » et le député Jégo tombait dans le panneau de la métaphore filée en traitant Bayrou de Néron ! Pour parler de Rome, on accusait le président de faire des travaux pratiques de népotisme avec l’annonce d’un de ses fils à la tête du quartier de la Défense. Le peuple bougeait encore, des ouvriers déçus avaient traité le président de menteur lors d’un déplacement officiel, et la petite classe politique, intenable, jouait au jeu de la vérité sur qui succéderait au premier ministre. Borloo ? Besson qui affectait d’être affecté qu’on pense à lui ? Il fallait reprendre la main : un message quasi subliminal du Château faisait entendre pour la première fois que l’occupant de l’Elysée repartirait bien pour un deuxième quinquennat. L’annonce fit pschitt. A part ça, la fameuse peste A semblait avoir disparu avant d’apparaître, et ne pouvait donc plus servir de dérivatif. Heureusement David Douillet, notre Obélix à nous, ancien champion de judo qui se rêvait en poids lourd de la politique, arriva très largement en tête de la législative partielle des Yvelines sous les couleurs du parti du président. Au premier tour qu’il appela ingénument « demie finale », il fit 44% des voix. Faute de prix Nobel de la Paix et de gloire universelle, il faudrait bien se contenter pour l’instant de l’espoir d’une médaille olympique de banlieue. Jusqu’à mardi prochain.

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