Va, je ne te hais point


Un condensé de férocité et d’amour, cette longue lettre d’un père à sa fille, à l’âge où celle-ci s’aventure dans l’âge adulte et quitte le cocon pas toujours rose de la famille. Pourtant une famille standard : un père et une mère, pas d’autre enfant ; la moyenne. Un accroc du père au contrat de mariage, dénoncé à la fille par la mère, début d’une colère filiale qui n’a pas décru. Et pourtant le couple qui résiste et survit à la crise. Un père qui plaide et dénonce avec l’humour d’un Desproges, et sa tendresse aussi, cachée sous l’ironie. Un tableau humain sans idéalisation, sans caricature non plus. Desproges disait déjà que les enfants sont comme les pets, on ne supporte que les siens; Gibert précise que même les siens donnent parfois la nausée. Dire la vérité, à savoir que ceux que l’on aime nous énerve parfois, n’enlève rien à l’amour qu’on leur porte. Et, en l’occurrence, derrière les coups de griffe, se cache peut-être la mélancolie, voire la tristesse, face au départ de l’enfant et à sa disparition définitive sous les traits d’un adulte nouveau. Un adieu, “va, je ne te hais point”, un dernier geste avant le grand saut dans une liberté nouvelle, tant pour la fille que pour les parents, qu’il leur faudra apprendre, chacun de son côté.