Va y avoir du sport !

Le premier ministre, pilote pourtant reconnu, avait fait une sortie de route en circuit fermé au volant d’un engin trop rapide pour lui, mais c’était le président qui était rentré dans le Mur de la honte : joggeur toujours trop pressé, il avait laissé publier sur Facebook pour ses « amis » – de moins en moins nombreux si on en croyait les sondages – une photo où il prétendait avoir fait le pic-vert (discipline qui consistait à tenter de percer des trous à l’aide d’un marteau mais sans faucille) le 9 novembre 1989, soit le soir même où Berlin-est avait été libéré. Quelle prescience extraordinaire ! Le seul hic était que selon certains témoins dont le photographe lui-même, il n’y avait été vu que le lendemain au mieux. Il y avait des mémoires qui flanchaient et d’autres qui frimaient. Dans la brèche de cette petite polémique s’était engouffrés Kouchner en défenseur offensé (c’est à dire muet, et donc inefficace) de son patron, et Royal qui servit une vanne vaseuse – « heureusement qu’il n’a pas été là le jour de la prise de la Bastille !» – , avec ce rire qui sonnait si faux quand elle voulait faire accroire à son détachement. Plus drôle, Laporte l’ex rugbyman, était retourné à sa nature première, après une courte apparition peu convaincante dans la mêlée gouvernementale : avec un petit bouquin pavé de mauvaises intentions, il sortait la boite à bourre-pif ; il réglait ses maigres comptes avec les ministres qui n’avaient pas été gentils avec lui. Franchement inénarrable, Estrosi rejoignit malgré lui les champions des comiques chez qui il occupait déjà une place de choix : en plein débat sur le statut de la Poste dont il avait la charge comme ministre de l’Industrie, il était cuisiné à la radio par l’impitoyable Jean Jacques Bourdin qui lui demanda à brûle pourpoint : « Quel est le prix du timbre, pour une lettre normale ? » Au lieu de dire tout simplement « je ne sais pas », Estrosi se lança dans une explication digne du grand Serrault auquel il ressemblait de façon troublante dans « La gueule de l’autre ». Il est vrai que l’ancien champion de moto était un habitué des dérapages. YouTube en faisait des gorges chaudes. Le pire pour finir. Sur la plus haute marche du podium, le député Raoult remportait la médaille d’or. Il s’en prit à Marie NDiaye qui venait de remporter le Goncourt. Pourquoi voulait-il la clouer au pilori ? Pour avoir osé dire qu’elle avait quitté la France « monstrueuse » de Sarkozy et des non moins « monstrueux » Besson et Hortefeux, pour vivre à Berlin – où justement le même président venait de jouer un affligeant remake de Kennedy. Quel était le rapport entre ces qualificatifs et le Goncourt ? Aucun, justement, mais Raoult prétendit que la distinction donnait à l’écrivain qui la recevait une obligation de réserve. Heureusement, le député se retrouva désavoué par tous. Ecrivains, bien sûr, jurés du Prix bien sûr, mais aussi une belle brochette de politiques couronnés par le président lui-même. Exception notable : le nouveau ministre de la Culture, sans doute échaudé par les premières claques reçues dès son arrivée rue de Valois : défié par Marie NDiaye d’arbitrer entre le député et la liberté, il se contentait de botter en touche, la discipline sportive il est vrai la plus courue dans les jardins du pouvoir. Il n’avait sans doute pas encore atteint le chapitre 2 de son Petit Précis du ministre en dix leçons intitulé : « du courage en politique. » Dans le marathon des bévues, il y avait beaucoup d’élus et peu de champions. Mais les Français étaient gagnants : ils comptaient les points, et les jours qui les séparaient des élections régionales où, à leur tour, ils rentreraient sur le terrain pour faire la décision. On s’y attendait : il y allait avoir du sport. Jusqu’à mardi prochain.

La vidéo de l’interview de Christian Estrosi

#Estrosi #Ndiaye #PrixGoncourt #Sarkozy

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