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    tu veux ma photo?

    Alors qu’il manifestait selon son habitude contre les musulmans à Anvers à la tête de sa bande de braillards, Filip Dewinter a eu la surprise de voir soudain s’approcher de lui une souriante jeune femme voilée qui a pris devant lui un selfie épatant : tous deux comme détachés du monde. Loin des violences et des éructations. Pas tout à fait, cependant. Ils n’en étaient pas encore au tongkus. Sur la photo, lui gueule dans un porte-voix et elle le regarde, coquine et ironique. Mais ils se tiennent tout près l’un de l’autre. Prêts à se toucher ? Cela ouvre des pistes comme disent les syndicats des gardiens de prison. Pour dégager un peu les voies respiratoires, très encombrées depuis quelques mois par un souffle inquiétant. Comme si les attentats de Paris et de Bruxelles avaient fait sortir une violence malsaine jusque-là contenue. (suite…)

    Patrick Declerck à «Crâne» ouvert

    A12699Crâne, par Patrick Declerck, Gallimard, 147 pages, 16 €

    Patrick Declerck est un anthropologue et psychanalyste belge né en 1953 et révélé en 2001 avec Les Naufragés – Avec les clochards de Paris, exceptionnelle enquête-reportage publiée dans la collection Terres humaines chez Plon. Il est l’auteur de plusieurs livres à l’écriture particulièrement forte et interpellante, Garanti sans moraline, Le sang du pauvre est arrivé, Socrate dans la nuit et Démons me turlipinant couronné par le prix Rossel en 2012. C’est dans cette lignée que s’inscrit Crâne, un texte autobiographique d’une âpreté extrême et d’une puissante violence rentrée. (suite…)

    29 décembre 2014 | Dans Culture, Lucien Putz, Musique | Pas de commentaire »

    Le blues, le capitalisme, et Alan Lomax, le passeur

     

     

    couvbluesrevue

    She can almost forgive capitalism for that
    Michael Ondaatje, In the skin of a lion, p.147

    Le saxophoniste Archie Shepp était récemment à Bruxelles. Jeune loup du free jazz, compagnon de Coltrane pendant les années folles (pas les roaring twenties, mais les golden sixties), il est là, solide et calme, vissé dans une tradition qu’il n’a jamais quittée, seule la nature du cri a changé. Dans les années 60-70, c’était le fier et beautiful cri des Blacks en colère, toute la jeunesse du monde, d’ailleurs, était en colère, et elle savait le montrer. Aujourd’hui Shepp puise dans le blues des ancêtres pour nous parler de son arrière-grand-mère Rose, ou de son cousin Steam, tué dans une manifestation. Au saxophone, ou porté par sa voix, son chant de suite brisé, biaisé, l’harmonie n’existe pas dans son pays, et nulle part d’ailleurs : aucune raison de tricher, d’enjoliver, fût-ce en chantant, en jouant. Cela n’empêche pas la Beauté, au contraire.
    Oui le chant de Shepp puise dans le blues, et nous savons tous ce qu’est le blues. Ou croyons savoir, car ce mot est vaste, tellement vaste, tellement répandu, et étiolé, qu’on ne sait rien, en fait, ou pas grand-chose. Même moi, oui, même moi, qui écoute Blind Wille Johnson (1), Leadbelly, Big Bill Broonzy, John Lee Hooker, et tous les bluesmen du Delta ou de Chicago depuis mes années étudiantes, même moi je ne savais pas vraiment. Certes, l’esclavage, la ségrégation, les lynchages, on a tous entendu parler de ça, et ça nous attriste, et ça nous révolte, mais vite, on écoute la musique, le blues, la beauté fait oublier la vraie vie qui est de suite derrière. (suite…)

    Acteur et spectateur du paysage

    Une carte blanche de Denis Marion, de l’asbl Epures, publiée dans espace-vie l juin 2015 l n° 252
     

    « La modification du paysage est aussi l’affaire des petits détails quotidiens »

    « Pour autant que les actes et travaux projetés, soit respectent, soit structurent, soit recomposent les lignes de force du paysage, un permis d’urbanisme peut être octroyé en dérogation aux prescriptions d’un règlement régional d’urbanisme, d’un règlement communal d’urbanisme, d’un plan communal d’aménagement ou aux prescriptions ayant valeur réglementaire d’un permis de lotir, etc. »

    (suite…)

Venise 33

San Giorgio Maggiore au crépuscule ©Luc Teper

San Giorgio Maggiore au crépuscule ©Luc Teper

tu veux ma photo?

Alors qu’il manifestait selon son habitude contre les musulmans à Anvers à la tête de sa bande de braillards, Filip Dewinter a eu la surprise de voir soudain s’approcher de lui une souriante jeune femme voilée qui a pris devant lui un selfie épatant : tous deux comme détachés du monde. Loin des violences et des éructations. Pas tout à fait, cependant. Ils n’en étaient pas encore au tongkus. Sur la photo, lui gueule dans un porte-voix et elle le regarde, coquine et ironique. Mais ils se tiennent tout près l’un de l’autre. Prêts à se toucher ? Cela ouvre des pistes comme disent les syndicats des gardiens de prison. Pour dégager un peu les voies respiratoires, très encombrées depuis quelques mois par un souffle inquiétant. Comme si les attentats de Paris et de Bruxelles avaient fait sortir une violence malsaine jusque-là contenue. (suite…)

Patrick Declerck à «Crâne» ouvert

A12699Crâne, par Patrick Declerck, Gallimard, 147 pages, 16 €

Patrick Declerck est un anthropologue et psychanalyste belge né en 1953 et révélé en 2001 avec Les Naufragés – Avec les clochards de Paris, exceptionnelle enquête-reportage publiée dans la collection Terres humaines chez Plon. Il est l’auteur de plusieurs livres à l’écriture particulièrement forte et interpellante, Garanti sans moraline, Le sang du pauvre est arrivé, Socrate dans la nuit et Démons me turlipinant couronné par le prix Rossel en 2012. C’est dans cette lignée que s’inscrit Crâne, un texte autobiographique d’une âpreté extrême et d’une puissante violence rentrée. (suite…)

Guégan en termine avec Drieu la Rochelle

a18371-647x1024Tout a une fin, Drieu, par Gérard Guégan, Gallimard, 135 p., 10 €

Après en avoir écrit une pelletée pendant trois décennies, Gérard Guégan en a, semble-t-il, fini avec le roman. Depuis 2005 et Les cannibales n’ont pas de cimetière, il se consacre à d’autres passions: une histoire de Champ Libre, maison d’édition fondée par Gérard Lebovici dont il fut le directeur littéraire de 1969 à 1974 (les formidables Cité Champagne et Montagne Sainte-Geneviève), une biographie du communiste devenu collaborateur Jean Fontenoy (Fontenoy ne reviendra plus) ou des évocations empreintes d’imaginaire de moments dans le vie de Stendhal (Appelle-moi Stendhal), Aragon (Qui dira la souffrance d’Aragon?) et aujourd’hui Pierre Drieu la Rochelle. (suite…)

Venise 32

San Giorgio Maggiore ©Luc Teper

San Giorgio Maggiore ©Luc Teper

Venise 31

Gondoliers dans le sestiere de San Marco ©Luc Teper

Gondoliers marchant à l’amble dans le sestiere de San Marco ©Luc Teper

Pascale Kramer, autopsie d’un style

9782081348196FSAutopsie d’un père, par Pascale Kramer, Flammarion, 173 pages, 17 €

Dans un essai récent, La littérature sans idéal(Grasset), Philippe Vilain rappelle notamment, à juste raison, que le roman, c’est d’abord une affaire de style. Mais il déforce son propos lorsque, se parant d’une illusoire objectivité, ou neutralité, il cite quelques exemples de «voix singulières» qui, en fait, restent bien mainstream, pour le meilleur (Mauvignier, de Kerangal, Enard) ou le nettement moins heureux (Liberati, Garcin, Joncour). S’il avait la curiosité de s’aventurer sur les bas-côtés souvent riches de la littérature française, il pourrait par exemple croiser Pascale Kramer dont les romans, parus successivement chez Calmann-Lévy, au Mercure de France et chez Flammarion depuis 1995, sont bâtis sur une écriture extrêmement travaillée, génératrice d’un récit fort et d’émotions profondes. (suite…)

chacun cherche son chat

D’après IBM, le nouvel ordinateur quantique qu’il met au point renverra nos plus superbes Lap-Top à la casse. Un ami a essayé un jour de m’expliquer la théorie des quanta. J’en suis sorti émerveillé et terrifié, en tout cas pour ce que j’en avais vaguement saisi. Voyant ma mine ahurie, il a essayé d’imager sa leçon par le paradoxe du chat. Selon la théorie des quanta, un chat peut se trouver à la fois dans son panier et sur mes genoux dans la même pièce, énervé d’un côté parce que j’ai oublié les croquettes de Sa Seigneurie et en même temps somnolent et repu au creux de mon ventre.
On imagine les applications fabuleuses de ce nouvel ordinateur qui permettra de tenir une double comptabilité sans vous compromettre puisqu’elle sera initiée à votre insu de votre plein gré, d’établir une société à Bruxelles et à Panama (suite…)

Georges Perec, roman inédit et hommage vestimentaire

ECH21131037_1L’Attentat de Sarajevo, par Georges Perec, Seuil/Librairie du XXIe siècle, 183 pages, 18 €
Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans, par Lydia Flem, Seuil/Librairie du XXIe siècle, 233 pages, 17 €

Dans Grâces leurs soient rendues, la merveilleuse galerie de portraits d’écrivains qu’il a eus le privilège de croiser, Maurice Nadeau se souvient de Georges Perec comme d’un «étudiant rougissant» qui, sans avoir «la plume facile», signe vers 1957, avant de partir au service miliaire – chez les parachutistes! -, quelques articles sur des livres ou films aimés dans sa revue Les Lettres Nouvelles. Et c’est dans la collection du même nom qu’il dirige chez Julliard que paraît, fin 1965, Les Choses qui obtient le Renaudot. (suite…)

Toscane 58

Entre Pienza et San Quirico ©Luc Teper

Entre Pienza et San Quirico ©Luc Teper